Pour préparer la pièce qu'il expose au Kunstmuseum Kreuzlingen, Le Gentil Garçon, un jeune artiste lyonnais, s'est renseigné sur les pompes hydrauliques au rayon jardinage. Il en a sans doute profité pour acheter ce long tuyau d'arrosage rose avec lequel il a composé L'Infini brouillon. Ou du moins l'essentiel de ce grand corps suspendu dans la halle, la tête étant une guirlande lumineuse. La pompe fait circuler un sirop rouge dans le ruban rose. Au centre, des étrons de mousse pistache tournent en circuit fermé sur un minuscule train électrique. A la fois féerique et inquiétante avec son aspect de corps inerte, la sculpture du Gentil Garçon se laisse aussi admirer comme un superbe et délicat bricolage. «Bricolages», c'est le titre de l'exposition dans laquelle s'inscrit ce travail, éclatée en trois lieux de Thurgovie.

Les commissaires, Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser, d'Attitudes à Genève, ont réuni dans cette aventure une douzaine d'artistes de Suisse romande et de France qui créent marteau, ciseaux et tournevis en main. Ou encore avec l'ordinateur, comme le Genevois Hervé Graumann, véritable bricoleur de l'image. Il a œuvré à partir de photos prises au Kunstmuseum du Canton de Thurgovie, installé dans la chartreuse d'Ittingen. Au final, deux images en mouvement, projetées côte à côte sur une grande paroi, créent un monde nouveau, à la fois très lisse et en trois dimensions. Pour beaucoup d'artistes, bricolage rime avec recyclage. Les Genevoises Cécile Bonnet et Delphine Reist (les deux seules bricoleuses retenues par Attitudes), ont construit avec des planches, bâches et autres matériaux de récupération 30 cabanes dans la région, au coin des rues comme au milieu des champs, de façon quasi sauvage. Chaque jour, dans la Thurgauer Zeitung, paraissait au bas d'une page la photo de l'une d'elles. Ce double travail nous interroge avec légèreté sur le paysage et l'habitat environnants, mi-ruraux, mi-urbains.

«Kreissig AG» récupère même les restes d'anciens travaux artistiques exposés au Shed im Eisenwerk. Olivier Blanckart, lui, a recyclé une image forte, une photographie de Walker Evans – une famille pauvre américaine des années 30 – qu'il a sculptée en taille réelle, avec de la mousse expansée recouverte de rubans adhésifs. De vieilles baskets aux pieds de la grand-mère signalent que cette famille pourrait autant être contemporaine.

Politique aussi le travail de Malachi Farrel. Il a ici adapté un travail commencé en 1998. Son Fish Flag Mourant (Black Kettle) fait tressaillir un poisson sous perfusion. Autour de lui, ses congénères sont secoués de spasmes au milieu de détritus récupérés dans la région, ou restes du propre bricolage de l'artiste. La pollution ne connaissant pas de frontières, les poissons sont découpés dans des drapeaux. «Bricolages» réunit bien d'autres pièces encore. L'humour est au rendez-vous avec le bouffon Pierrick coupe du bois, de Pierrick Sorrin, ou avec les casques redessinés et faussement protecteurs de Cyril Verrier, oui encore le Théâtre O.R.L. de Vincent Julliard, une vidéo où l'on voit l'artiste faire de sa bouche une véritable scène, avec ses coulisses, ses machineries, ses acteurs…

Bricolages, Kunstraum Kreuzlingen, je-ve 17-20h, sa 13-17h, di 11-17h jusqu'au 18 mars. Kunstmuseum du Canton de Thurgovie, Kartause Ittingen, lu-ve 14-17h, sa-di 11-17h,

jusqu'au 22 avril.

Shed im Eisenwerk, Frauenfeld, je-sa 16-19h. Jusqu'au 24 mars.

Rens. sur www.attitudes.ch.