Le 27 septembre, les flammes emportaient jusqu'à la dernière planche un complexe d'ateliers d'artistes, d'artisans et d'architectes ainsi que deux espaces d'arts à l'avenue de Rosemont, dans le quartier des Eaux-Vives, à Genève. Très vite, des solidarités se sont organisées dans les milieux artistiques et entre les victimes elles-mêmes, qui ont souvent perdu œuvres, archives et matériel sans être assurées. Pour «mieux imaginer, par extrapolation visuelle et spirituelle, ce que la scène de l'art a perdu dans le sinistre», le Musée d'art et d'histoire a ajouté à son programme l'exposition Le Feu des signes.

Rainer Michael Mason, commissaire de l'exposition, a sélectionné deux œuvres pour chacun des artistes représentés dans les collections publiques genevoises: celles de la Banque Cantonale de Genève, du Fonds cantonal de décoration et d'art visuel, du Fonds municipal d'art contemporain, du Fonds pour la photographie, du Mamco et du Musée d'art et d'histoire. Une présence dans ces fonds étant le signe d'une reconnaissance, d'une appartenance au patrimoine de la collectivité. Les travaux montrés sont d'une grande variété: la relecture d'emballages et autres logos telle que la pratique, en peinture, Francis Baudevin, les grands monochromes noirs à l'encre de Chine de Stéphane Brunner, les compositions symboliques de Marie Fréchette, comme cette Spirale animalière au plomb. On peut aussi apprécier le regard du photographe Serge Fruehauf sur la périphérie urbaine, le décryptage des systèmes de représentation pratiqué par Olivier Genoud dans les catalogues de mobilier, les peintures à l'alkyde, à partir de motifs simples travaillés par ordinateur de Michel Huelin, les jeux de mots et de couleurs de Christian Robert-Tissot, les compositions picturales de Pierre Edouard Terrier et deux travaux fort différents de Patrick Weidmann, un jeu sur la notion d'encadrement et un grand format photographique.

Jeudi 13 décembre, au vernissage de ce Feu des signes, titre inspiré d'un ouvrage de Georges Duthuit, fait suite une fête, baptisée Dans le feu de l'action, organisée à Attitudes, espace d'arts contemporains, à Saint-Jean. Il s'agit surtout de lancer une souscription pour la maquette d'un portfolio, en fait une sorte de boîte renfermant des œuvres originales des artistes cités ci-dessus ainsi que de Petr Beranek et Magda Zanetta. Edité à 30 exemplaires, cet ensemble peut être commandé jusqu'à la fin de l'année pour 4500 francs (5000 francs ensuite). Un de ses éléments connaît une variante dans cette édition du Temps (voir page 35). Il s'agit d'un travail de Christian Robert-Tissot, invitation à prendre au pied de la lettre si l'on peut dire, à (re)produire soi-même son Robert-Tissot.

Si cette soirée a lieu à Attitudes, c'est que cet espace d'arts a un rapport émotionnel fort avec Rosemont, adresse qu'il a quittée ce printemps seulement. Les nouveaux locaux de Saint-Jean ont donc tout naturellement servi de lieu de rendez-vous aux artistes brusquement à la rue. C'est de là que sont partis les appels auprès des autorités de la Ville, du canton et de la Confédération. Des promesses sont ainsi venues pour aider les artistes à trouver des ateliers ou pour participer financièrement à leur réinstallation, par l'intermédiaire du Fonds cantonal de décoration et d'art visuel et du Fonds municipal d'art contemporain dans le cadre d'une aide à la production artistique.

Le Feu des signes, exposition au Musée d'art et d'histoire de Genève, rue Charles-Galland 2 (tél. 022 418 26 00). Ma-di 10-17 h, jusqu'au 20 janvier.

Vernissage je 13 décembre de 18 à 20 h, suivi de «Dans le feu de l'action» à Attitudes, rue du Beulet 4 (tél. 022 344 37 56).