Cinéma

«Une Famille syrienne»: L’enfer, c’est les autres

Dans son dernier film, Philippe Van Leeuw enferme dix personnages dans un appartement menacé par la guerre civile qui fait rage au-dehors. Un huis clos oppressant mais paradoxalement affaibli par sa dimension claustrophobe

Le réalisateur Philippe Van Leeuw explique que l’idée première du film lui est venue d’un sentiment d’injustice. «Quand la communauté́ internationale s’est engagée en Libye avec tous les moyens nécessaires, militaires et politiques, au même moment, en Syrie, les manifestations pacifiques étaient réprimées par la terreur, et là, personne n’a bougé», explique-t-il dans le dossier de presse d’Une Famille syrienne, son deuxième long-métrage.

Le chef opérateur belge, qui a travaillé pour Bruno Dumont, Laurent Achard et Claire Simon, y raconte l’histoire d’une dizaine de personnes piégées dans un appartement alors qu’au-dehors tout n’est que chaos et destruction, avec pour quiconque se risque à sortir la possibilité de devenir la cible sans défense d’un tireur embusqué.

Oum Yazan, mère de trois enfants s’occupant de son vieux père, a recueilli ses voisins et le copain de son aînée, dans l’idée que l’union fait la force. L’immeuble dans lequel ils vivent est vide, tous ses autres occupants ayant réussi à fuir, pour ceux qui auraient survécu à la guerre civile et aux bombardements. Une guerre que Van Leeuw laisse volontairement hors champ, préférant filmer le quotidien de personnages victimes malgré eux d’un conflit auxquels ils sont étrangers, privilégiant la petite histoire au détriment de la grande. Même si elle n’est jamais nommée, on devine que la ville qui sert de cadre au récit doit être Damas. Ou peut-être Homs.

Fable édifiante

Une Famille syrienne se profile dès sa séquence introductive, qui présente successivement les différents protagonistes, comme un oppressant huis clos. On sait qu’on ne sortira jamais de l’appartement, comme pour mieux appréhender le quotidien de ces quelques personnes symbolisant les trop nombreux civils sacrifiés depuis le déclenchement de la guerre en 2011. Et c’est à la fois la force et la faiblesse du film.

De ce choix découle une mise en scène sèche et nerveuse jouant habilement avec les couloirs et les quelques pièces dans lesquelles se déroule le récit. Mais dans le même temps, la volonté de faire de cette histoire une sorte de fable édifiante (on suit vingt-quatre heures de la vie de l’appartement, une journée qui ressemble à la veille et au lendemain) éloigne du vrai sujet, la survie en tant de guerre. Il y a là quelque chose de trop démonstratif qui, paradoxalement, empêche souvent la catharsis. Sur le conflit syrien, il sera difficile pour une fiction d’atteindre la puissance tant formelle que narrative du documentaire Eau argentée, Syrie autoportrait (2014), d’Ossama Mohammed.


Une Famille syrienne (Insyriated), de Philippe Van Leeuw (Belgique, France, 2016), avec Hiam Abbas, Diamand Abou Abboud, Juliette Navis, 1h26.

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