Projecteur

Une femme de tête au côté du président Macron

Son nom est quasi inconnu en dehors des frontières du petit Etat qu’elle préside depuis 2015, la Croatie. Kolinda Grabar-Kitarovic a crevé l’écran dimanche soir, en Russie, en multipliant les effusions avec les joueurs croates et son homologue français

Peu importe la défaite tant qu’on a la gloire. La présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarovic, peut se vanter d’avoir réussi une magistrale opération de communication. «La première supportrice» de l’équipe nationale est devenue la coqueluche des réseaux sociaux après ses étreintes avec le président Macron. Dès les huitièmes de finale, Kolinda Grabar-Kitarovic avait fait parler d’elle en annonçant qu’elle prenait des congés sans solde pour assister aux rencontres et qu’elle allait voyager vers la Russie sur des lignes commerciales classiques.

N’apparaissant quasiment plus qu’en maillot au damier rouge et blanc depuis le début de la compétition, elle n’aura manqué qu’un match: la décisive demi-finale du 11 juillet, remportée par la Croatie sur l’Angleterre. La présidente était en effet retenue à Bruxelles, au sommet de l’OTAN, et ses partisans feignaient de s’inquiéter: son absence dans les tribunes n’allait-elle pas porter la poisse aux Vatreni?

«Quand une personnalité politique essaie de jouer avec un succès qui ne lui doit rien, il s’agit sans conteste d’une vieille ruse populiste. La présidente tente de se présenter comme une citoyenne comme les autres, mais ce serait plus crédible si elle allait regarder le match sur une place de Zagreb, au lieu d’entrer dans les vestiaires comme dans un moulin», notait le journaliste Vladimir Matijanic, à la veille de cette demi-finale.Alors que son mandat s’achèvera en janvier 2020, Kolinda Grabar-Kitarovic espère bien capitaliser sur les qualités de l’équipe nationale et sur ses propres talents de supportrice.

La carte nationaliste

Il est vrai que cette ultra du nationalisme croate, élue le 11 janvier 2015, est une femme seule, pas toujours en bons termes avec son propre parti, l’Union démocratique croate (HDZ), la formation conservatrice au pouvoir que le premier ministre, Andrej Plenkovic, essaie de «recentrer» depuis son arrivée à la tête du cabinet, en octobre 2016. A peine installée au palais présidentiel de Pantovcak, son premier souci a été d’en faire disparaître les bustes de Tito, qui ne semblaient pas avoir gêné ses prédécesseurs, de gauche comme de droite.

Kolinda Grabar-Kitarovic est née en 1968 et elle a rejoint le HDZ en 1993. Députée, ministre des Affaires étrangères entre 2005 et 2008 puis ambassadrice aux Etats-Unis, elle se forge une image «moderniste» et pro-atlantique, mais cela ne l’empêche pas, depuis son accession à la présidence, de jouer la carte nationaliste. Dans une Croatie aux mémoires divisées, elle privilégie les commémorations de Bleiburg, quand les partisans de Tito massacrèrent les cadres du régime collaborationniste des oustachis, en avril 1945, plutôt que celles de la libération du camp de concentration de Jasenovac, où ces mêmes oustachis exécutèrent Juifs, Tziganes, Serbes et partisans antifascistes.

Hostile à l’accueil des réfugiés, la présidente cultive l’amitié de l’Autriche et des pays du groupe de Visegrad, tout en entretenant des relations tendues avec son homologue serbe, Aleksandar Vucic. En Croatie, toutefois, le chef de l’Etat ne sert guère qu’à inaugurer les chrysanthèmes. Et à visiter les vestiaires des footballeurs.

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