Une fois de plus, la couronne pianistique est demeurée hors de portée au Concours de Genève. Si la finale violoncelle a vu le sacre, lundi dernier, du Hongrois István Várdai, le trône reste inoccupé dans les épreuves de clavier. Le scénario se répète pour la troisième fois consécutive (2005, 2006, 2008); il est vrai qu'aucun des trois finalistes n'a démontré un potentiel hors du commun, et on connaît l'exigence du jury, présidé cette année par le Français Jean-Claude Pennetier. Néanmoins, à trop faire preuve de zèle, les têtes pensantes du concours se mettent elles-mêmes dans une situation délicate: il faudra un candidat au talent quasi surnaturel pour répondre à leurs attentes et décrocher le sceptre si convoité. Un vainqueur a bien été désigné, mercredi soir au Victoria Hall, au terme d'une finale particulièrement contrastée. Hannes Minnaar a décroché le deuxième prix premier nommé et le prix du public, en livrant un Cinquième Concerto de Beethoven étonnamment soyeux et aéré. Le Hollandais, qui s'adonne aussi à l'orgue, affiche une puissance de feu parfois restreinte, à l'image de son tempérament tout intérieur. Une qualité qui trouve sa plus belle expression dans un toucher fluide, respiré, admirablement naturel, où s'insinue parfois une note de fragilité. Reste cette intelligence globale de l'architecture, qui insuffle une cohérence racée à l'ensemble, et a probablement garanti ses lauriers au pianiste de 23 ans.

Stature imposante

Son dauphin, lui, est d'une nature toute autre. Stature imposante et gestuelle démonstrative, le Chinois Duanduan Hao s'est octroyé le deuxième prix deuxième nommé. Cet élève de Dominique Merlet a donné une certaine amplitude au Quatrième Concerto de Beethoven – il en perd ses lunettes dans le dernier mouvement. Hélas, le son est mat, la pensée manque de maturité (le jeune pianiste n'a que 18 ans) et les déchirements poétiques du deuxième mouvement semblent inhabités.Le Coréen Da-Sol Kim ferme la marche avec le troisième prix. Son Premier Concerto de Liszt déploie pourtant un panache flamboyant et une malice espiègle, tandis que les sections lyriques profitent d'une lumière magnifiquement contemplative. C'est vrai, certains traits d'octave manquent de précision. Mais le jeune concertiste de 19 ans possède une qualité indéniable: le don de soi.