Critique: Maurice Steger et l’ensemble Il Pomo d’Oro au Gstaad Menuhin Festival

Une flûte à bec aux fulgurances sonores

Virtuose de la flûte à bec, Maurice Steger n’a pas son pareil pour enflammer une salle. Samedi soir à l’église de Zweisimmen, il jouait un bouquet de concertos de Vivaldi avec l’ensemble Il Pomo d’Oro. Son jeu très physique, sa manière de danser littéralement avec son instrument ont enthousiasmé le public, venu nombreux pour ce concert organisé par le Gstaad Menuhin Festival.

A 44 ans, le flûtiste zurichois est un interprète recherché de la scène baroque. Solaire, souriant, il aime communiquer avec le public. Il se dépense sans compter et n’hésite pas à prendre des poses théâtrales pour faire passer l’expressivité derrière l’écriture baroque. Il y a un côté sportif dans sa virtuosité, avec des prises de risque pour sortir des conventions que l’on associe à la flûte à bec.

Quelques coups de tonnerre ont ponctué la soirée sous un ciel orageux. Outre la chaleur étouffante dans l’église, le flûtiste et ses musiciens étaient mis sous pression par la présence d’une équipe de cameramen de la chaîne Mezzo venue filmer le concert. Il fallait les voir perler de sueur: Maurice Steger était trempé à la fin de la première partie!

Au disque (comme dans son récent album Vivaldi avec le chef Diego Fasolis), les tempi du flûtiste zurichois peuvent paraître excessivement rapides, dans une surenchère d’effets qui frisent le maniérisme. Or, au concert, ces partis pris prennent tout leur sens. On se laisse griser par ces notes en cascade, ces traits voltigeurs, avec un contrôle du souffle qui n’est jamais pris en défaut. Autant le concerto La pastorella dégage un charme champêtre (très jolie cantilène dans le «Largo» central), autant le concerto «La notte» plonge dans la noirceur. Cette «nuit» est peuplée de fantômes et de spectres. Maurice Steger en fait une sorte de tableau pictural. Il ménage des interruptions brutales, passe d’un mouvement à un autre avec des contrastes de tempo aigus. L’ensemble Il Pomo d’Oro l’accompagne avec musicalité et précision.

Cette petite formation se distingue par la couleur italianisante de ses cordes. Certes, la violoniste Zefira Valova semble un peu mesurée comparativement au flûtiste dans le redoutable concerto pour violon Il Grosso Mogul. Ses longues cadences, d’une difficulté inimaginable, manquent d’ivresse sonore. On sent qu’elle veille à dominer les extravagances techniques. Mais elle mène très bien l’ensemble, tempérant les fulgurances de Maurice Steger.

Car le flûtiste zurichois revendique un ton personnel. Il fait de chaque concerto un festin sonore, tout en recherchant le dialogue avec les musiciens qui l’entourent. Dans le concerto «Il gardellino» (Le chardonneret) , sa flûte à bec aiguë, dite sopranino, ressemble à un oisillon qui chanterait à tue-tête. Et dans le célèbre Concerto en sol majeur RV 443, on assiste de nouveau à un déluge de virtuosité. Rien n’arrête Maurice Steger, animé par un esprit aussi vif que les angelots baroques.

Maurice Steger animera une master class de flûte à bec au Gstaad Menuhin Festival, du 30 août au 5 septembre. Concert de clôture, sa 5 sept. à 17h45 à la chapelle de Gstaad.