Parvenue à sa 39e édition, ART, fondée par un groupe de grands marchands bâlois, avec Ernst Beyeler à leur tête, se trouve à l'heure de la relève. Depuis des années, le galeriste avait cédé les rênes, officiant surtout comme inspirateur vigilant. En 2000, Samuel Keller était nommé directeur. En ce jeune homme de 34 ans, la foire se donnait un animateur d'une maîtrise, d'un entregent et d'une efficacité à toute épreuve. Au fil des années, celui que tous se flattent d'appeler Sam est devenu l'incarnation d'Art Basel, dans une sorte de filiation du très respecté Ernst Beyeler. Ainsi, la foire rajeunissait, sans solution de continuité.

Et c'est la même continuité qu'Art Basel a choisie en nommant un trio, devenu depuis duo, de codirecteurs. Situés entre Amérique et Europe, fortement liés à la Suisse aussi, Annette Schönholzer et Marc Spiegler ont construit leur carrière dans un marché de l'art devenu global. La directrice artistique Cay Sophie Rabinowitz, abruptement disparue de l'affiche, appartient au milieu de l'art sur son versant intellectuel. Elle a dirigé la rédaction américaine du magazine Parkett, beaucoup monté d'expositions, enseigné et publié. Les deux directeurs abordent, eux, l'art et son marché d'une tout autre manière. L'un comme journaliste d'enquête et analyste, l'autre comme animatrice et gestionnaire. L'orientation paraît claire: une foire constitue d'abord une plate-forme d'affaires, placée ici au service des galeries. La nouvelle direction n'annonce aucun changement radical; ses principales options confirment celles de Samuel Keller: Art Basel veut rester la principale place où se commercialise l'art. Pour ce faire, une seule recette: présenter les meilleures galeries, les meilleurs artistes, attirer les meilleurs collectionneurs. Les événements artistiques qui l'accompagnent ont pour but seul et unique de favoriser la compréhension des phénomènes du marché de l'art.

Surtout, la course en avant est exclue; ayant réussi à s'installer aux Etats-Unis avec Art Basel Miami Beach, la foire n'entend pas faire de petits. «Notre implantation helvétique a du bon, affirment les codirecteurs. Les Suisses n'aiment pas changer pour changer. Ils sont sensibles au développement durable. Et nous, ce que nous désirons, c'est une foire durable.»