On se demande comment Michel Cassagne a fait pour dire si peu de la folie en mettant en scène et en jouant Trois nouvelles de Pirandello. Cette folie qu'entretiennent les inquiétudes existentielles des personnages flotte dans le spectacle sans devenir menaçante. Le désordre (mental), fidèle compagnon de la démence, se manifeste plus dans le décor que dans le jeu. Sur scène, des meubles disposés en monticule ressemblent à des objets fantômes relégués dans une remise, comme à la veille d'un départ pour un voyage. Celui qu'entreprend Michel Cassagne dans la première nouvelle est une déambulation dans la mémoire. Celle d'un homme qui s'estime sain d'esprit mais veut revenir au temps où il était fou, où une foule de personnages se bousculaient en lui. Dans la seconde nouvelle, Pirandello pose «le piège» de la vie et de la mort et se demande comment se débarrasser de l'une et éviter l'autre. Dans la troisième, une femme pudibonde trompe en rêve son mari. Sa jouissance est d'autant plus appréciée qu'elle prend la saveur d'une réalité jusqu'ici inconnue.

Avec sa moustache et ses yeux brillants Michel Cassagne rappelle Pirandello. Mais là où l'écrivain sicilien s'agrippe à la folie avec la hargne d'un désespéré, le comédien la fait entendre comme s'il s'agissait d'un exercice de rhétorique. Parfois, le conteur qu'il est parvient à créer une atmosphère angoissante. Comme dans cette scène où il transforme une cage d'oiseau en buste d'un vieil homme invalide auquel la liberté d'envol est retirée. Mais ce ne sont là que des éclairs avec lesquels disparaît très vite le vertige de la folie pirandellienne.

Trois nouvelles de Pirandello. Genève, Théâtre du Grütli.

Jusqu'au 18 fév. Loc au 022/328 98 78.