Emmanuel Macron le répétera sans doute lundi 13 avril, dans sa troisième intervention télévisée depuis sa décision, le 16 mars, d’imposer un confinement strict aux 67 millions de Français: affronter une pandémie d’une telle ampleur, aux conséquences socioéconomiques encore incalculables, exige l’unité de la nation. Espérons donc avec lui que celle-ci l’emportera, malgré la tentation de la polémique et de la division permanente toujours à l’œuvre. Car le contraire serait une très mauvaise nouvelle pour l’Union européenne et pour tous ses voisins, dont la Suisse.

La France, alors que commence à se profiler une possible sortie de cette crise sanitaire sans précédent, a en effet un rôle crucial à jouer. A Bruxelles, où le fossé nord-sud menace toujours – comme l’ont montré les affrontements sur le plan de relance à 500 milliards de la zone euro, approuvé jeudi soir –, son poids de deuxième puissance économique du continent est déterminant. Dans les instances multilatérales, écartelées entre les injonctions chinoises et le chantage américain, sa voix continue de peser. Sur le plan économique enfin, son Etat providence, frein problématique à la liberté d’entreprendre et d’innover en temps normal, a l’avantage d’être un utile amortisseur.

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L’actuel président français, qui a fait le choix discutable d’un vocabulaire militaire pour justifier le combat contre l’«ennemi invisible» qu’est le coronavirus, doit donc maintenant dessiner le chemin à suivre s’il veut que son pays gagne cette bataille sanitaire, puis remporte cette «guerre». Cela passe par une mise en avant des compétences scientifiques, économiques et administratives avant toute autre considération. Cela passe peut-être par le report de réformes comme celle des retraites, dont l’entrée en vigueur, dans le feu de l’épidémie, rouvrirait de problématiques fractures. Cela suppose, enfin, de s’appuyer sur les professionnels de terrain, de l’hôpital aux entreprises en passant par les collectivités locales, afin que les transformations futures ne soient pas uniquement décidées d’en haut, comme trop souvent dans ce pays hyper-centralisé.

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Oui, ce qui se passe dans l’Hexagone est parfois inquiétant. Mais ne pas regarder du côté de Paris, dans ce moment charnière pour notre avenir, serait une grave erreur: une France forte et unie est plus indispensable que jamais.