Voilà trois ans, Nomades, premier épisode de la trilogie mise en scène par Daniele Finzi Pasca pour le Cirque Eloize, passait à Lausanne après plus de 400 représentations. Plus que rodé donc. Cette fois, Nebbia, troisième épisode coproduit par le Teatro Sunil, (Samedi Culturel du 1.12.2007), a vécu mardi sa grande première à Genève, appelé à son tour au voyage intercontinental. D'autres émotions à la clé donc, quelques imperfections rythmiques aussi. Mais avant tout, une recette de cirque théâtralisé qui fonctionne.

Oui, on peut parler de recette. Daniel Finzi Pasca lui-même aime comparer son travail à la cuisine italienne, avec ses bons ingrédients de base. Il y a là de la nostalgie, des histoires improbables données par bribes, des mots magiques, comme neige, bateau, ou grand-mère. Tout cela fait plus qu'assaisonner les numéros. Les acrobates sont des personnages, habitants d'un village, ou, grâce à une mise en abyme, artistes d'un cirque avec leur directeur/monsieur Loyal (le clown bateleur colombien Gonzalo Munoz Ferrer). Chaque scène porte sa propre charge émotionnelle. Comme l'incroyable Paraguayen Félix Salas, pour lequel toute la troupe chante et joue dans une ambiance de fête foraine, jusqu'à ce qu'une demoiselle s'évanouisse devant les prouesses du contorsionniste.

La musique de Maria Bonzanigo, parfois trop emphatique quand elle est symphonique et enregistrée, vibre de tristesse et de gaieté quand elle est jouée sur scène par le formidable duo formé par la Québécoise Andrée-Anne Gingras-Roy et le Tessinois Nicola Marinoni. Ou par les acrobates eux-mêmes. Comme l'Américano-Coréen Joseph Pinzon, gracieux dans son tissu aérien, drôle en professeur d'arts martiaux, fragile en contralto, seul devant le rideau. C'est un des moments qui doit encore trouver son rythme pour être bien accueillis par les spectateurs. Cela se fera bien avant la 400e.

Nebbia, Théâtre du Léman à Genève jusqu'au 15 déc. http://www.nebbia.ch. 2h45 avec entracte.