Pour préparer une participation à une série d'articles en vue du 1er août, j’ai dû remettre la main sur Heidi, le roman bien connu de Johanna Spyri. Je n’avais qu’un vague souvenir de la petite fille aux chèvres et au grand-père. Un souvenir d’ailleurs un peu terne, je l’avoue.

Le roman n’étant pas de toute première fraîcheur – il date de 1880 –, j’ai plongé dans des listes de livres électroniques et en suis ressortie avec une édition en français, presque gratuite… Et j’ai été étonnée, dès les premières pages, par la vivacité de ce texte, coloré et précis, très loin du souvenir que j’avais gardé, enfant, de la lecture légèrement ennuyeuse de Heidi.

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Je me suis donc mise en quête du traducteur. Aucune indication ne figurait sur cet e-book. Les recherches sur internet «Heidi» et «traductions» donnaient un nombre impressionnant de langues – 70! – mais pas de nom pour la version française. Un certain Charles Tritten a fini par apparaître. Non content d’avoir traduit Heidi dans les années 1930, en la parant de vertus patriotiques, il lui a aussi offert toute une série de suites du même tonneau. Je soupçonne, sans en être certaine – je n’ai pas retrouvé mon livre d’enfant – que le souvenir barbant que j’avais gardé de Heidi lui est dû. Car, vérification faite, ses textes ne correspondaient pas avec ma version électronique.

De proche en proche j’ai fini par trouver une date – 1882 – et un éditeur, Georg. C’était chez lui, deux ans après la version originale, qu’était parue la première version française de Heidi. Et elle correspondait à la mienne!

Une des premières suffragettes suisses

Dans une édition numérisée, j’ai fini par découvrir le nom du traducteur. C’était une traductrice! Et pas n’importe laquelle. Il s’agissait de Camille Vidart, enseignante, féministe militante et l’une des toutes premières suffragettes suisses. Elle avait rencontré l’autrice de Heidi, Johanna Spyri, et était devenue son amie lors d’un séjour à Zurich où elle exerçait en tant que maîtresse principale d’école supérieure. Ce qui, pour une femme, était une première suisse. C’est grâce à son prénom épicène que Camille Vidart a vu sa candidature retenue par le jury de l’époque, qui n’envisageait que des hommes à ce poste.

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Dès que le nom de Camille Vidart s’est posé sur la traduction que j’avais entre les mains, l’étonnante fraîcheur de cette Heidi-là – la toute première en français – est devenue soudain une évidence. Voilà d’où venait l’élan neuf que m’inspirait la petite fille des Alpes.

Sans doute des traductions plus actuelles seraient-elles encore plus enthousiasmantes. Mais celle-ci, la première, m’a rendu Heidi et m’a présenté en plus une femme remarquable.