Né en 1976 à Toronto, le Canadien Craig Davidson s’est fait connaître avec un recueil de nouvelles traduites en 2006 chez Albin Michel, Un Goût de rouille et d’os, où il mettait en scène des êtres passablement cabossés, comme si la vie était un ring impitoyable où les boxeurs finissent toujours au tapis – une image qui revient souvent chez Davidson.

Avec Cataract City, il passe au roman mais ne change pas de registre. Il va donc cogner fort en nous entraînant à la frontière canadienne, dans une bourgade ouvrière à la dérive. Lorsque s’ouvre le récit, Duncan Diggs vient d’être libéré de prison. Accusé de meurtre, il a purgé plusieurs années derrière les barreaux et, sur le seuil du pénitencier, le policier qui l’attend pour le raccompagner au bercail n’est autre que son ami d’enfance, Owen Stuckey.

Sur mes deux mille neuf cent douze nuits passées en prison, la première et la dernière ont été les plus longues.

Voix multiples

Ils vont alors prendre la parole à tour de rôle, raconter leurs souvenirs d’école, leur camaraderie, leurs familles et leurs frasques d’ados. Si Owen est devenu policier alors qu’il rêvait d’être un grand basketteur – mais une blessure au genou l’en a empêché –, Duncan, lui, a mal tourné après s’être pris de passion pour les combats de boxe clandestins. Malgré leurs désillusions – et bien que leurs chemins aient divergé –, pourront-ils revivre des instants de fraternité et de complicité, comme à l’époque de leur enfance?

Réponse dans ce récit parfois féroce, où il est question de bastonnades entre mauvais garçons, de trafics sordides et de combats de pit-bulls sanguinaires. Il y a beaucoup de rage sous la plume de Davidson, une fureur qui semble être la seule réponse possible face à la brutalité de la vie. Mais ce roman écrit à petits coups de phrases électriques est aussi un bel éloge de l’amitié, comme une lumière consolatrice au cœur de tant de noirceurs…

Craig Davidson, Cataract City, Trad de l’anglais par Jean-Luc Piningre, Points/Seuil, 448 p. ***