Les intermittents du spectacle et de l'audiovisuel souhaitent que les élus fédéraux leur assurent un filet social suffisant en acceptant une initiative parlementaire. Soutenu par plusieurs villes, ce texte vise à doubler le délai-cadre de chômage pour les acteurs culturels pendant la période de crise sanitaire. Ces derniers enjoignent également les électeurs à voter «oui» à la loi Covid-19, soumise au vote le 13 juin.

Deux ans de perdus

L'initiative sera débattue la semaine prochaine au Conseil national. C'est ce qu'a déclaré ce jeudi 27 mai devant la presse son auteur, le conseiller national Christian Dandrès (PS/GE), qui relaye les revendications de la fédération Action intermittence.

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Le texte prévoit de compléter la loi Covid-19 par un nouvel alinéa. Pour l'essentiel, il stipule qu'«au lieu de prendre en compte les cotisations des deux dernières années pour calculer le droit au chômage, il est prévu de remonter quatre ans en arrière. Cela permet d'intégrer les deux ans perdus en raison de la crise sanitaire», explique l'élu fédéral.

Pour la directrice d'Action intermittence, Fabienne Abramovich, cette disposition est essentielle à une protection adéquate. «Après plus d’une année de discussions, les mesures de soutien mises en place actuellement par les autorités sont insuffisantes, souligne-t-elle. Elles laissent un bon nombre d’acteurs culturels dans une situation difficile, voire à l'aide sociale.»

Avec cette crise, les salariés intermittents ne pourraient pas cumuler un nombre suffisant de contrats pour leur permettre la réouverture d’un nouveau délai-cadre auprès de l’assurance-chômage. D'autant plus que dans ces professions, les changements d'employeurs sont fréquents et les contrats à durée limitée sont usuels.

Une éventuelle reprise qu'en 2023

Un constat corroboré par le metteur en scène Jérôme Richer, de l'association de producteurs de théâtre indépendant «Tigre»: «A Genève, 80% de la production théâtrale est le fait d'intermittents, producteurs compris.» La comédienne Nathalie Cuendet a de son côté pointé devant les représentants des médias la difficulté à enchaîner les contrats. Après les dégâts causés par l'an passé, «la saison prochaine est fortement bouchée, constate-t-elle. La reprise des activités, pleine et entière, ne pourra pas se faire avant début 2023.»

Fabienne Abramovic résume: «l'enjeu de l'initiative est donc de prolonger le soutien fédéral jusqu'à la fin de la crise pour compenser les effets dévastateurs des mesures sanitaires ordonnées par le Conseil fédéral. Cette proposition permettrait d’y faire face en préservant les métiers, savoir-faire et techniques spécifiques à la culture.»

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Au niveau fédéral, «un grand pas a été fait», estime Alex Meszmer, directeur de Suisseculture qui regroupe 28 associations faîtières, «avec la mention pour la première fois du terme «intermittent» dans une loi urgente.» D'où un soutien nécessaire à cette loi dont les effets prendront fin le 31 décembre 2021, au lieu du 25 septembre en cas de «non». Trois mois en moins qui équivaudraient à «une catastrophe, alors que les aides cantonales vont s'achever aussi.»

Dans un communiqué publié ce 27 mai, des élus des villes de Bienne, de Lucerne, de Lausanne, de Bâle, de Saint-Gall, de Zurich, de Berne et de Genève, ainsi que la Conférence des villes en matière culturelle, ont également pris position en faveur de cette initiative.