Un petit garçon marche sur la route en poussant sa bicyclette. Entendant arriver d’autres gosses, il se couche dans le talus pour ne pas être vu. Par peur d’une bagarre façon Guerre des boutons? Non, le petit Raoul redoute que son secret soit percé: il ne sait pas aller à vélo… Cette malédiction lui est tombée dessus dans sa plus tendre enfance: il n’a jamais trouvé son équilibre. Et pourtant, il aime passionnément les vélos, qu’il répare en orfèvre, repérant à l’oreille la moindre dissonance mécanique. Au village, on ne dit d’ailleurs pas un «vélo», mais un «taburin» – comme on dit un «frognard» pour le jambon, spécialité du charcutier Auguste Frognard, ou «bifailles» pour les produits de l’opticien Frédéric Bifaille.

En dépit de sa cachotterie, Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) a réussi sa vie. Il est même heureux auprès de sa femme et de ses enfants. Mais le photographe Hervé Figougne (Edouard Baer) s’installe au village. Il devient le meilleur ami de Raoul et l’incite à poser pour une figougne qui risque de changer à jamais le cours des choses…

Cette adaptation d’un livre illustré de Sempé a dû inventer des personnages (le papa de Raoul, une première fiancée) et des péripéties (la foudre qui frappe juste avant les instants de vérité, le vol d’un appareil figougnographique) pour atteindre la durée d’un long métrage. Ces ajouts n’altèrent en rien le charme d’un film tout en tendresse et finement interprété. Ce conte philosophique constitue une alternative bienheureuse aux blockbusters truffés d’imagerie de synthèse qui rendent les gosses zinzins.


«Raoul Taburin a un secret», de Pierre Godeau (France, 2019), avec Benoît Poelvoorde, Edouard Baer, Suzanne Clément, 1h30.