Josep_Maria Martin fait partie de ces artistes qui poussent le concept de l'in situ jusqu'au bout. C'est-à-dire que ce Catalan de 43 ans ne travaille pas seulement en relation au lieu, mais aussi avec ceux qui l'habitent. Ainsi Fri-Art, centre d'art contemporain de Fribourg, montre les traces – textes, vidéos, etc. – de deux expériences. A Mexico, il a ouvert pour les enfants travailleurs du marché central une sorte de ludothèque où sont intervenus artistes et animateurs sociaux. A Barcelone et en Allemagne, il fait circuler une caravane où chacun peut téléphoner gratuitement dans son pays d'origine, des écrivains s'inspirant ensuite de ces opportunités pour écrire des nouvelles. A Fribourg, il est venu avec une idée qui a germé à son arrivé en Suisse, en pleine actualité de l'«accord de Genève», projet de paix pour le Proche-Orient. Il s'intéresse alors à la question de la négociation, entre deux pays ou entre deux personnes.

Construire à son échelle

Qu'est-ce que négocier? Tout est-il négociable? Josep_Maria Martin a multiplié les rencontres, avec des animateurs sociaux, des psychologues, des diplomates. Il a travaillé avec des étudiants de l'Ecole de multimédia et d'art de Fribourg (Emaf) et de l'Ecole supérieure d'art de Perpignan, où il enseigne. Avec l'architecte fribourgeois Alain Fidanza, il a conçu la «Maison de la négociation». Ils ont enveloppé de bleu un ancien bâtiment scolaire provisoire, dans la banlieue populaire du Schönberg. On y pénètre par une passerelle. Une première salle invite à s'asseoir autour d'une table, mais une fluorescence rosée attire les visiteurs vers un second espace. Là, au milieu des murs pimpants, des sortes de Lego géants d'un beige fatigué par des années d'utilisation dans des ateliers d'architecture de l'EPFL permettent de construire, chacun à son échelle, comme on négocie à différents niveaux: micro ou macro.

C'est en effet sur la proximité entre négociation et construction que Josep_Maria Martin s'est appuyé pour développer son concept. La maison – proposée comme un prototype – est utilisée, le plus souvent par des animateurs socioculturels du quartier, mais aussi par la Maison fribourgeoise de médiation, un nouvel organisme régional qui s'est bien sûr très vite profilé comme un partenaire de cette expérience artistique. Elle y organise des jeux de rôle (jeudi 15 avril à 17 h, rens. Contact@fribourg-mediation.ch). Des tables rondes ont aussi permis de développer les échanges entamés pendant la mise sur pied du projet. Celle organisée jeudi 15 avril à 18 h 30 réunira des représentants de Peace Brigades International, du Bureau fédéral de l'intégration, du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population et du Centre européen de la négociation.

«Making of» à Fri-Art

S'il faut s'annoncer pour utiliser la maison du Schönberg, Fri-Art présente en vidéo le making of du projet, avec toutes les discussions préliminaires, dans un environnement de briques bâti par Josep_Maria Martin. Une négociation syndicale sert encore d'illustration. Le centre d'art expose aussi des photographies de Laurence Bonvin et le travail pictural de Christine Ponelle (France) et Matthew R. Rogers (USA).

«Zoom in – zoom out», Fri-Art, Petites Rames 22 à Fribourg, tél. 026/323 23 51. Ma-ve 14-18h (je aussi 20-22h), sa-di 14-17h. Jusqu'au 18 avril.