Premier concerné par le déménagement de la Fondation suisse pour la photographie, puisque le Fotozentrum s'installera en face du Fotomuseum, son directeur, Urs Stahel, détaille la complémentarité entre les deux institutions.

Entrevue

Samedi Culturel: Le départ de la Fondation de Zurich provoque des remous. Qu'en pensez-vous?

Urs Stahel: Il n'y a guère de gens fâchés. 1% à peine des acteurs concernés! Et sur ce 1%, la moitié est hypocrite! Il y a deux ans, le Kunsthaus de Zurich voulait que la Fondation quitte ses murs. Voilà qu'une solution favorable est trouvée et, soudain, la direction du Kunsthaus se dit choquée par la tournure des événements, alors même qu'elle n'avait rien de sérieux à proposer. Le président de la Ville de Zurich et son délégué à la Culture sont, eux, très contents de la solution qui vient d'être trouvée. A quelques exceptions près, les milieux liés à la photo en Suisse sont favorables à ce déménagement. Même les galeristes affirment que les musées sont enfin devenus intelligents. C'est dire.

Le Fotomuseum et le futur Fotozentrum seront-ils vraiment complémentaires?

Par la force des choses. Le Fotomuseum se concentre sur la création contemporaine ou la photo industrielle. La Fondation a une activité patrimoniale, tournée vers le passé. Notre rythme est rapide, agité. Celui de la Fondation est plus lent, plus posé. Nos expositions ont une envergure internationale. Notre futur partenaire se concentre sur la Suisse. La Fondation pour la photographie pourra enfin acquérir une visibilité, elle pourra montrer ce qu'elle accomplit au quotidien, c'est-à-dire un travail considérable mais pas connu. Le Fotomuseum aura aussi à l'avenir une plus grande visibilité, ce qui est toujours un atout pour des institutions comme la nôtre, qui doivent sans cesse trouver des partenariats privés pour survivre. Surtout, l'offre proposée aux visiteurs sera très intéressante: il y a aura deux espaces d'exposition, le nôtre et le leur, le présent et le patrimoine. Et nous gérerons d'autres espaces en commun. Il s'agira d'une véritable synergie.

N'y a-t-il pas danger que l'un des deux partenaires prenne le pas sur l'autre? Vous êtes connu pour avoir une forte personnalité…

Lors des réunions, ils seront deux (ndlr: le conservateur Martin Gasser et le directeur Peter Pfrunder), et je serai seul [rires]! La Fondation a peut-être quelque crainte en raison de notre attractivité actuelle, de notre ouverture sur l'étranger. Cette peur est infondée. Après des années de profil bas, la Fondation suisse pour la photographie va enfin pouvoir construire sa propre identité. D'ici à 2003, nos rôles et poids respectifs s'équilibreront.