Deux renards blancs en fuite. Très loin du taudis où ils ont failli crever. Ils vous fixent dans cette caverne qu’est le Théâtre des Amis, à Carouge. Ils sont ailleurs, sur un chemin où l’ordure pullule, où des «sans toit ni loi» fomentent des avortons de révolution, où des éplorées accroupies vous implorent, la sébile entre les cuisses. Qui sont-ils, ces fugitifs orgueilleux comme Goupil? Luigi et Ernst Schborn, deux adolescents unis par la même ardeur, la même fureur de ne pas mourir écrasés entre le poêle et le fourneau. Sur scène, Felipe Castro et José Lillo jouent cette échappée, avec dans la bouche les mots de l’écrivain Louis Calaferte (1928-1994), cet enfant des bas-fonds né à Turin, dont l’œuvre sonde avec une passion féroce les marges. Ils libèrent son Partage des vivants, livre d’une émancipation, et c’est un souffle étrangement doux qui vous traverse.