Drame

Une noble croisade avec trop de smileys

George Clooney s’essaye au film de guerre avec «Monuments Men». Un casting brillant ne sauve pas l’escapade d’une incohérence des propos

Noble croisade avec trop de smileys

Drame George Clooney s’essaye maladroitement au film de guerre avec «Monuments Men»

Le casting est brillant, mais le ton goguenard nuit à la grandeur du sujet

En juillet 1944, les Allemands refluent devant l’avancée des troupes alliées. Ils emportent avec eux les œuvres d’art qu’ils ont volées par milliers. Mis en place par Roosevelt, le MFAA (Monuments, Fine Arts, and Archives program) a pour mission de protéger la propriété culturelle. En 1964, John Frankenheimer inscrit Le Train , avec Burt Lancaster, dans cette reconquête des trésors confisqués.

Comédien et réalisateur aux engagements citoyens irréprochables, en témoignent Good Night, and Good Luck, sur le devoir des journalistes, ou Les Marches du pouvoir , qui plonge dans la machine électorale américaine, George Clooney adapte le livre que Robert M. Edsel a consacré aux «Monuments Men». On voudrait aimer sans réserve son film; il est malheureusement raté.

De nobles intentions, une distribution cinq étoiles ne suffisent à pallier les carences du scénario et les dissonances du propos. Ni grand film d’aventures comme Le Train , ni mécanique dialectique comme le récent Diplomatie de Volker Schlöndorff sur un sujet proche, Monuments Men louvoie entre l’humanisme bon teint et le comique troupier. La rencontre d’Ocean’s Eleven et Les Sept Mercenaires , admet Clooney. Soit les fortes têtes envoyées au front, sur le modèle Douze Salopards , dynamité par Tarantino dans Inglourious Basterds .

Monuments Men se réclame aussi d’une série de films triomphalistes tournés dans l’euphorie des années 1960, quand la guerre semblait encore jolie – Les Canons de Navarone , Un Pont trop loin , La Grande Evasion , voire Le Mur de l’Atlantique .

La musique participe de la désuétude de l’approche. Alexandre Desplat, qui tient un petit rôle de Français moyen, béret compris, un des meilleurs compositeurs de films (La Vénus à la fourrure , Grand Budapest Hotel), propose des marches guillerettes pour fifres et tambours, rantanplan tsoin tsoin…

Un curateur du Metropolitan Museum (Matt Damon), un sculpteur (John Goodman), un marchand d’art français (Jean Dujardin), un architecte (Bill Murray), un agent artistique (Bob Balaban) secondent l’historien d’art de Harvard (George Clooney). Mais l’action s’éparpille, et les magnifiques comédiens interagissent peu et sans éclat particulier dans la plus grande chasse au trésor de tous les temps.

Quelques scènes tranchent dans la catatonie. L’absurde embuscade dans la quiétude vespérale qui surprend le tandem Goodman-Dujardin. La visite du binôme Murray-Balaban chez un brave paysan bavarois qui a des Cézanne et des Renoir accrochés aux murs de sa ferme.

En posant le pied sur une mine, Matt Damon catalyse l’esprit de groupe. Et Clooney durcit le ton lorsqu’il interroge un nazi capturé: l’Américain se projette froidement dans un proche avenir à New York, quand il boira son café du matin et tombera, dans le New York Times, sur la brève annonçant que son vis-à-vis a été pendu. Sur ce, il s’en ira vers une nouvelle journée, sans états d’âme. Malgré tout son talent, Matt Damon n’arrive pas à faire croire à une scène invraisemblable: Cate Blanchett lui propose de passer la nuit chez elle, mais, en bon Américain et père de famille, il décline l’offre. Entre deux gags, «Have yourself a merry little Christmas», chanson enregistrée par la femme d’un soldat mort, vrille la nuit de Noël et porte le film à un point d’incandescence mélodramatique insoutenable.

Filmées sans génie, les œuvres d’art, enfin leurs copies, nous laissent de marbre, invalidant la question fondamentale qui sous-tend Monuments Men : «Vaut-il la peine de mourir pour un tableau?» – «Je dirais oui», répond in fine Clooney, pas plus convaincu que ça. L’art et la civilisation méritent plus de flamme.

V Monuments Men , de et avec George Clooney (Etats-Unis, 2014), avec Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, Jean Dujardin, John Goodman, Bob Balaban. 1h58

«Monuments Men» se réclame d’une série de films triomphalistes tournés dans l’euphorie des années 1960

L’action s’éparpille, et les magnifiques comédiens interagissent peu et sans éclat particulier

Publicité