DVD. Sam et Fred Guillaume. Max&Co. Bande originale: française (DD 2.0 ou 5.1). Wild Side.

La malédiction de Max & Co aura poursuivi le film jusque dans sa sortie en DVD. Pour de curieuses raisons éditoriales, le disque helvétique du film comporte en effet moins de bonus que la publication française - due, il est vrai, à Wild Side, une maison dont l'affection pour l'animation est connue. L'éditeur français propose ainsi, en plus, deux courts métrages des frères Guillaume, dont le délicieux Bonne Journée M. M., qui les fit connaître dans les festivals. La différence entre les deux éditions n'est pas criante, mais cet état de fait constitue un comble pour le film le plus cher du cinéma suisse, déjà victime d'un douloureux échec de fréquentation en salle - 30241 spectateurs recensés à ce jour, pour être précis.

Max & Co ne méritait pas son sort, on s'en aperçoit mieux grâce au DVD. Ou on le comprend, pour ceux qui n'avaient pas pu le voir en salle, après que les horaires des séances ont été réduits à une tranche des plus incongrues. A l'heure des œuvres «concept», et brillantes, que sort Pixar, le scénario de Max & Co peut certes sembler quelque peu fuyant, effiloché. Parmi plusieurs facteurs, le film a sans doute souffert de cette impression de ne pas le saisir immédiatement - à commencer par son affiche, peu évocatrice.

Mais la création du tandem fribourgeois provoque un attachement immédiat, grâce à son air de douce naïveté, et son rythme tenu. Les frangins ont bien façonné leur monde, et celui-ci survivra au flop commercial.

Surtout, à suivre le documentaire qui accompagne le film - qu'on se rassure, aussi présent dans l'édition suisse -, on se demande si les frères Guillaume et ceux qui les soutenaient n'ont pas eu raison un peu trop tôt. Dans l'ancien hangar de Tetra Pak qui servait de fabrique à ce tournage, à ses 27 plateaux simultanés, c'est un creuset d'animation européenne qui s'est esquissé. On entend avec plaisir les commentaires des concepteurs de poupées anglais, de leurs compatriotes à l'animation, de leurs collègues français chargés de la prévisualisation puis du montage...

Le temps d'un film, les deux créateurs helvétiques ont bâti un laboratoire qui mériterait d'exister au-delà de la faillite économique de l'entreprise. Un bouillonnement qui, en plus, n'aboutit pas à un europudding informe et sans goût, preuve du talent des deux frères dans la direction de leurs équipes, et dans leur maîtrise du projet. «C'est un peu comme si Max & Co marquait d'une pierre blanche une ère nouvelle dans le cinéma d'animation made in Europe. Un commencement», soulignait il y a quelques jours le site «citoyen» Agoravox.

Max & Co, le début d'une histoire: c'est ce que l'on peut en retenir de mieux.