Présentation: Mathis Picard, par Arnaud Robert

Il est né en 1995. A Grenoble. Enfance française, américaine, écossaise, voyageuse. Mathis Picard se lance en piano à 4 ans. Le classique, puis le jazz. Il vit aujourd’hui à New York où il étudie dans l’une des plus prestigieuses écoles du monde, la Juilliard School. A 19 ans, ce prodigieux musicien, capable de déjouer les standards les plus vicieux mais aussi de la jouer techno-house dans son projet Jaona, passe une semaine sur la riviera vaudoise. A la découverte de sa musicalité, mais aussi de son métier. (Jour 5)

Une nuit dans un bar

« Il était minuit, peut-être un peu moins. Le groupe de Charles Lloyd est arrivé en ville. Le batteur Eric Harland a gravi la scène du Funky Claude Bar. Je le connais parce qu’il a eu le même professeur que moi quand il est arrivé à New York. Il est fabuleux sur le plan rythmique mais aussi par sa musicalité: il fait chanter les fûts. Quand j’ai vu qu’il prenait la batterie pour la jam, je me suis précipité sur le clavier, un synthétiseur. Il a convaincu le bassiste Joe Sanders de nous rejoindre. On a fini par jouer presque deux heures, sans se parler. Un million de grooves différents. Du reggae, de la drum’n’bass, de la disco, du R&B, de la pop, du gospel. Je n’ai pas pris un seul solo pendant toute la jam. Ce que je voulais, c’était créer des ambiances, donner avec la section rythmique un support musical pour que les autres puissent s’exprimer. Cela fait partie de ma personnalité. Je n’ai pas besoin de solo pour avoir l’impression d’aider à construire la conversation. C’est assez rare, cette connexion. J’étais dos à Eric Harland. Je ne l’ai pas vu pendant toute la session. Et pourtant, j’ai eu l’impression qu’on se comprenait. »

Retrouvez ici tous le s précédents billets de Mathis Picard:

- Jour 1: dans le lit de Claude Nobs (31.10.2014)

- Jour 2: le boeuf et les artistes-entrepreneurs (01.11.2014)

- Jour 3: le goût du silence (02.11.2014)

Jour 4: les bonnes ondes (03.11.2014)