Quand, par la bouche de ses personnages, il constate que l'amour s'accomplit dans la mort, on se dit qu'il est racinien; que comme l'auteur de Phèdre il admet que posséder la personne aimée, c'est accepter d'en faire le deuil. Puis quand il affirme que «la vie n'est belle que parce qu'elle est au-dessus de nos moyens», on se dit qu'il est sartrien; que, comme l'auteur de Huis clos, il reconnaît que nous restons prisonniers de notre être. Enfin, quand il déplore la présence d'un Dieu qui ne console pas, on se dit qu'il est voltairien; que, comme l'auteur de Candide, il demeure perplexe devant «l'interrogation de l'homme et le silence du monde».

De fait, Eric Emmanuel Schmitt est un philosophe qui injecte à ses doutes une bonne dose d'humour. Pour preuve, l'Hôtel des deux mondes, son dernier texte de théâtre, le plus beau à ce jour. Le dramaturge français, très en vogue aujourd'hui, imagine dans cette pièce, actuellement en tournée suisse, un lieu où errent des comateux. Les personnages sont des accidentés ou des malades qui attendent dans un sas, métaphore de leur inconscient, que leur sort se décide. Certains reviendront sur terre, d'autres partiront vers l'au-delà. Entretemps, ils revivent leur vie ou s'en inventent une autre. De ce sas, le metteur en scène Daniel Roussel a fait un endroit hybride qui relève à la fois du caveau et de la réception d'hôtel. Un espace entre deux mondes où les acteurs (Bernard Haller, Catherine Arditi, Viktor Lazlo,…) affrontent avec habileté leur statut de morts vivants et donnent le meilleur d'eux-mêmes à cette pièce imprégnée d'une âpre tendresse.

«Hôtel des deux mondes». Berne, Théâtre de la Ville, ce soir à 20 h. Loc. 031/329 51 5. Pour la tournée, voir notre agenda dans Tempo.