Roman

Une odyssée immobile et désepérée

«Homer & Langley» retrace, sous la plume d’Edgar Lawrence Doctorow, la vie loufoque des frères Collyer qui transformèrent en plein New York leur maison familiale en capharnaüm géant, tout en tentant de vivre en parfaite autarcie. Drôle et très efficace

Genre: Roman
Qui ? E. L. Doctorow
Titre: Homer & Langley
Traduit de l’américain parChristine Le Bœuf
Chez qui ? Actes Sud, 240 p.

Homer et Langley Collyer, plus connus sous le nom des Collyer Brothers, firent les choux gras de la chronique new-yorkaise de la première moitié du XXe siècle, en transformant leur maison familiale à Manhattan en un énorme capharnaüm piégé. Jusqu’en 1947, date de leur disparition, ils accumulèrent fiévreusement des biens de récupération divers, en grande quantité, remplissant la demeure familiale. Ils tentèrent de vivre en autarcie, se passant d’eau et d’électricité, multipliant les pièges et les barricades dans et autour d’eux, suscitant l’incompréhension et bientôt l’hostilité de leurs concitoyens. Ils firent tant et si bien qu’ils devinrent célèbres.

Edgar Lawrence Doctorow s’inspire librement du fait divers. Homer, qui dans le roman est aveugle dès la fin de l’adolescence – le vrai Homer le devint beaucoup plus tard –, raconte avec force détails et humour, et sans jamais émettre de jugement moral, le lent étouffement des deux frères. Il écoute le monde bruire autour d’eux, ce monde de malfrats ou, plus tard, de hippies et d’huissiers qui refluent par vagues jusqu’à leur caverne… E. L. Doctorow fait durer bien au-delà de 1947 l’odyssée immobile des deux frères, s’offrant des allers et retours dans le temps. La marée d’objets monte, inexorablement, jusqu’à engloutir complètement Homer et Langley ­retrouvés noyés dans leur folie. Un roman un peu mécanique mais efficace et drôle, qui témoigne de la maîtrise de son auteur.

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