Critique: les 80 ans de Michel Corboz

Une «Passion» émouvante

A 80 ans, Michel Corboz reste le chef de chœur qu’il a toujours été, fervent, passionné, intériorisé. A la tête de l’Ensemble vocal et instrumental de Lausanne, il a dirigé la Passion selon saint Jean de Bach, vendredi soir à l’Opéra de Lausanne. Comme on pouvait s’y attendre, la salle était comble.

Qu’y a-t-il de si émouvant chez Michel Corboz? C’est d’abord sa façon de diriger, sans forcer, tout en étant extrêmement déterminé. C’est une Passion chambriste qu’il nous donne à entendre, ce qui n’exclut pas des passages à l’influx dramatique. Dès le chœur d’introduction, le ton est donné, sombre mais lumineux, haletant sans être précipité. L’acoustique sèche du plateau de l’Opéra de Lausanne ne facilite pas la tâche des choristes et instrumentistes. Corboz varie les nuances et dose les équilibres entre les différents pupitres vocaux (sopranos, altos, ténors, basses) comme s’il façonnait le discours de l’intérieur.

L’Evangéliste commence alors le récit de la Passion. Le ténor allemand Tilman Lichdi – admirable! – marie candeur juvénile et autorité naturelle. Son timbre est clair, pur, raffiné, vaillant quand il le faut («Ach, mein Sinn»), riche en nuances quasi surnaturelles («Mein Herz, in dem die ganze Welt»). Les autres solistes sont pareillement habités, avec un Christ au timbre noble et profond (Christian Immler), un Pilate véhément (Peter Harvey), le soprano clair et naturel de Letizia Scherrer et l’alto très engagé de Marie-Claude Chappuis.

Comme à son habitude, Michel Corboz réclame des pianissimi délicats de la part des sopranos. Il préfère l’exactitude à la précipitation, tout en gardant une tonicité dans les sections dramatiques (le récit de la crucifixion). Certains passages sont finement ciselés. On peut regretter que l’ensemble instrumental soit de taille modeste. Le pupitre des cordes – assez réduit – manque parfois d’âpreté. Et les instruments modernes n’apportent pas le charme goûteux des instruments d’époque (pourvu que ceux-ci soient bien joués). Mais le continuo est de qualité. Choristes et musiciens sont unis dans un même souffle. Cette Passion respire une belle ferveur. L’ultime Chœur («Ruht wohl») et le Choral «Ach Herr, lass dein lieb Engelein» sont particulièrement émouvants.