L’été, la saison de Françoise Sagan. Campari, olives vertes, décapotables et morsures en tous genres. Grande croqueuse des us et coutumes des castes et sous-castes de la société française, en particulier de la bourgeoisie riche et lasse, Françoise Sagan a écrit vingt romans, de Bonjour tristesse (1954) à Miroir égaré (1976), avec cette fluidité du style, cet humour, cette empathie pour les faiblesses de ses contemporains. A la nouvelle, elle s’y met relativement tard, dans les années 1970, quand elle a déjà une dizaine de romans derrière elle. Ces bijoux de drôlerie, qui se lisent comme on savoure des amuse-gueules en terrasse, se déroulent souvent en été ou en vacances, cadre idéal aux démonstrations sociales et aux parades amoureuses.

Sagan signe en tout cinq recueils de nouvelles. Musiques de scène paraît en 1981 chez Flammarion. En 2011, Stock y ajoute quatre nouvelles inédites (écrites pour des magazines comme Elle ou Playboy ) et ressort le volume sous le titre Un Matin pour la vie et autres musiques de scènes . Parmi la quinzaine de textes, «Une Partie de campagne» se déroule un certain été 1940.

Il cogne, il fait presque mal cet été-là. Sous un soleil franc, des colonnes de fuyards s’éloignent face à l’avancée des troupes allemandes. La chaleur assomme alors qu’il faut aller vite. La touffeur anesthésie les corps tandis que la peur aiguise les nerfs. Françoise Sagan plante là une Rolls, coincée parmi la foule par toute une série de quiproquos et de malentendus. A l’intérieur, une baronne de Popincourt qui égrène un chapelet, Hélène Dureau, une épouse d’entrepreneur qui s’ennuie, et Bruno, son amant, un gigolo tout à fait satisfait de son état. Que va-t-il se passer quand les stukas vont bombarder voitures et marcheurs? «Une Partie de campagne» fait le récit savoureux d’une passion solaire et improbable de trois jours. Si la langueur est souvent, à tort, attachée au style de Sagan, les nouvelles sont là pour démontrer sa capacité de vitesse virtuose.

Des nouvelles à lire sous les arbres, avant la sieste, au soleil ou à l’ombre, parce qu’elles sont courtes et qu’elles condensent le talent d’un auteur…

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Françoise Sagan

«Un Matin pour la vie»

«Elle sentit le corps dur tressaillir et, pour ne pas crier, elle appuya sa bouche sur un bras musclé et couvert de poils blonds. «Il a une odeur d’herbe», songea-t-elle vaguement, tandis que les battements de son cœur lui revenaient peu à peu aux oreilles»