La nomination de nouveaux responsables culturels excite les supputations les plus hardies. Lorsqu’on a appris avec stupeur la semaine dernière qu’Olivier Père, directeur artistique du Festival de Locarno, quittait son poste, la machine à fantasmes s’est mise en branle. Des noms de papables, plausibles ou hautement farfelus, ont circulé. On imaginait des fonctionnaires bien de chez nous, de grandes stars internationales, de vieux soldats rappelés sous les drapeaux…

La solution était tellement évidente que personne ne la voyait: Carlo Chatrian. Un collaborateur émérite auquel le festival doit ses dernières rétrospectives. Ce brillant intellectuel turinois, licencié en lettres et philosophie, auteur de nombreux ouvrages, n’est ni un rat de cinémathèque à moitié autiste, ni un intellectuel hermétique, ni un fantoche bling-bling. C’est un passionné. Pareillement capable de mettre sur pied Manga Impact, une prodigieuse plongée dans l’univers prolifique de l’animation japonaise, de converser avec Nanni Moretti ou de faire redécouvrir les couleurs de Vincente Minelli. Avec Carlo Chatrian, le festival est assuré d’un bel avenir.

Cette perle rare, Marco Solari n’est pas allé l’acheter à l’étranger. Il l’a trouvée dans son jardin. Ce magnifique tour de passe-passe témoigne non seulement du talent du président, mais aussi du potentiel du Festival de Locarno. Le plus petit des grands festivals recèle dans sa propre équipe des forces et des talents admirables. C’est un indéniable signe de vitalité et de grandeur.