Plébiscité et controversé. Tel sera le personnage dans son rôle à la tête de l'Etat français. Neveu et finalement dernier héritier de Napoléon Ier, après la mort du duc de Reichstadt (l'«Aiglon»), il en ravive le souvenir encore frais. En 1848, il est élu triomphalement, avec près de 75% des voix, à la tête de la IIeRépublique. Aidé aussi par l'impéritie des régimes royaux de la Restauration.

Le prince-président se fait aussi honnir pour son coup d'Etat de décembre 1851 qui aboutit onze mois plus tard au rétablissement du régime impérial. Les républicains et les milieux intellectuels s'en étranglent et le critiquent vertement. En particulier Victor Hugo qui le traite de «Napoléon-le-Petit», l'accuse d'imposture et d'usurpation. L'écrivain doit s'exiler mais le poursuit de sa vindicte efficace.

Il faut dire que Louis Napoléon s'est fait une réputation avec ses coups foireux. Qui lui valurent d'être expulsé à 22 ans des Etats pontificaux pour agissements révolutionnaires. D'être déporté vers les Etats-Unis pour avoir soulevé la garnison de Strasbourg. D'être condamné à la prison à vie - il s'évadera - pour récidive de soulèvement à Boulogne-sur-Mer. Il gaspillera aussi sa popularité en se laissant entraîner dans la désastreuse guerre de 1870 avec la Prusse, qui l'amène à capituler personnellement à Sedan.

On lui fera souvent le reproche d'être un entêté. Mais que voulez-vous! D'avoir passé sa jeunesse dans une campagne alémanique amène à ruminer ses décisions tel un paysan puis à s'y tenir.

On peut toutefois porter à son crédit d'avoir favorisé l'unité italienne. D'avoir fait de la France une puissance industrielle. D'avoir lancé de grands travaux: remodelage de Paris en capitale attractive par Haussmann, soutien à Lesseps pour le creusement du canal de Suez. D'avoir œuvré aussi pour des mesures sociales. Il a institué l'assistance médicale et judiciaire gratuite pour les pauvres; les soupes populaires. A accordé le droit de faire grève. A établi le crédit foncier pour les paysans. Favorisé l'éducation des filles. Le cœur de l'empereur était en fait animé par un réel esprit démocrate.