«Alcatraz»

Une petite évasion

Conçue par J.J. Abrams, le créateur de «Lost», «Alcatraz» n’aura vécu qu’une saison. On peut regretter que Fox ne lui ait pas accordé un sursis

La série renoue avec l’ancienne, et sympathique, tradition de la phrase liminaire, énoncée pendant le générique. Pour la bonne bouche, citons-la: «Le 21 mars 1963, Alcatraz fermait officiellement ses portes. Tous les prisonniers furent évacués de l’île. Sauf que ce n’est pas ce qui s’est passé. Pas du tout.»

Sortie ce printemps en DVD, inédite ici en diffusion TV, Alcatraz raconte comment les prisonniers du «rocher», la prison de la baie de San Francisco, reviennent en 2012. Une inspectrice de la police de la ville y est soudain confrontée, car l’un de ses suspects pourrait être son grand-père, naguère détenu. Ce qui complique les investigations. Bien sûr, le FBI est au courant, et Rebecca (Sarah Jones) est embrigadée dans le groupe de l’agent Emerson Hauser (Sam Neill), officine discrète qui enquête sur ces troublantes sorties de prison, cinquante ans plus tard. Rebecca y amène «Doc», un féru de jeux vidéo et auteur de plusieurs livres sur Alcatraz.

La série représentait l’un des paris de J. J. Abrams après Lost. L’auteur, producteur et réalisateur misait sur cette création de trois scénaristes, Elizabeth Sarnoff, Steven Lilien et Bryan Wynbrandt. Au reste, J. J. Abrams reconstituait une partie de sa troupe, avec Jack Bender à la production et parfois la réalisation, ainsi que l’acteur Jorge Garcia, naguère Hurley sur l’île, dans le rôle de «Doc».

L’expérience a fait long feu, puisque la série n’a pas été reconduite pour une deuxième saison, laissant de nombreuses questions en suspens. Le feuilleton accuse certes quelques défauts, une bonhomie générale peu en phase avec son mystérieux sujet et, comme pour contrebalancer, quelques maladresses telles que les excessifs roulements d’yeux de Sam Neill, pourtant un bon choix de distribution.

Cependant, la guillotine abaissée par Fox avait sa part d’injustice. Si l’on considère que, dans le registre policier, une Bones se traîne depuis huit ans, Alcatraz méritait quelque supplément d’existence. Même si elle n’avait pas l’éclat roublard de Lost, l’hypothèse de J. J. Abrams pouvait fonder un divertissement défendable, voire honorable, à l’heure où les complots de toutes sortes servent de principal carburant à la fiction TV. Il en reste une intéressante esquisse, une distraction différée à jamais, qui restera dans les cellules de sa prison désormais imaginaire.

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