Une photo noir et blanc de Charlot qui bondit et perd son chapeau. Et juste en dessous, le logo de Nestlé. La marque de fabrique de «Chaplin’s World, The ­Modern Times Museum», le futur musée consacré au cinéaste britannique, a été dévoilée lundi. Car c’est bien la firme alimentaire qui mettra ses œufs dans ce panier, apportant un soutien financier «conséquent», mais «confidentiel», au projet budgété à 50 millions de francs.

Annoncée lundi devant la presse internationale, la participation de la firme de Vevey vient répondre à la question du financement du musée, une interrogation qui traîne depuis plus de 10 ans sur la Riviera vaudoise. Le musée devrait ouvrir au public au plus tôt en 2012 dans le manoir de Ban que Charlie Chaplin et sa famille ont habité durant plus de 25 ans sur la commune de Corsier-sur-Vevey.

«Nous ne voulons pas Disneylandiser Charlie Chaplin!» prévient François Confino. Muséo­graphe, ce professionnel a no­tam-ment œuvré à Expo.02, l’Exposition internationale d’Hanovre en 2000 et celle de Shanghai en 2010. «Notre but est que les visiteurs traversent l’écran de cinéma, pour arriver dans le monde en noir et blanc de Charlie Chaplin, poursuit-il. Charlot nous emmènera dans l’univers de ses films, en plein tournage.»

Grande particularité, un studio de cinéma de 55 sur 17 mètres sera érigé à côté du manoir. Y seront reconstitués plusieurs décors de films, dont notamment l’imposante machine infernale des Temps modernes par laquelle Charlot est avalé. Easy Street, les toits de la ville et les studios Chaplin à Hollywood sortiront aussi de la pellicule. Même la garde-robe de ce génie du cinéma sera à portée de main. «Il n’est pas toujours habillé avec son costume noir. Il a aussi été entre autres un policier, un soldat, ou même une femme!»

Le manoir aura par contre un côté plus intimiste, où les visiteurs parcourront la vie de Charlie Chaplin. Les caves retraceront l’enfance et la traversée de l’Atlantique du cinéaste. «Au-dessus, dans la cuisine, les visiteurs trouveront ses plats préférés. Un film amateur mettra en scène toute la famille Chaplin faisant les clowns en avalant de la soupe», souligne François Confino. Quant à la chambre à coucher, elle rappellera la nuit de Noël 1977, où Charlie Chaplin s’est éteint à 4 heures du matin. «Un musée figé où ne trôneraient que des objets aurait été triste», souligne Michael Chaplin, président de la fondation du musée. «Mon père était un cinéastre toujours en mouvement. Le mouvement, c’est l’essence du cinéma.»

Laisser la parole à Charlie Chaplin, c’est bien ce que veulent les concepteurs. «Nous ne parlerons pas beaucoup à sa place, car il nous a laissé ses écrits, ses paroles, ses musiques, ses films. Nous avons assez d’archives pour 20 ans d’expositions temporaires», explique le muséographe Yves Durand. La fondation du musée s’appuie notamment sur les archives de la famille, de la Ville de Montreux et de la Cinémathèque de Bologne.

Mais ça reste de la musique d’avenir. Prévu depuis la fin des années 1990, le musée doit encore attendre la fin de la mise à l’enquête du nouveau bâtiment, débutée en fin de semaine dernière. Si tout va bien, le chantier pourrait ouvrir en juin. Ce serait alors la dernière ligne droite d’un parcours sinueux. «Nous avons été retardés par un voisin qui faisait opposition et a été débouté par le Tribunal fédéral», se souvient Philippe Meylan, architecte et fer de lance du projet. Entre-temps, le domaine avait été racheté par deux hommes d’affaires luxembourgeois, pour permettre au projet de se maintenir à flot. Tout n’est pas gagné pour autant. Malgré l’apport financier de Nestlé, la fondation du musée compte sur le sponsoring pour boucler son budget. «Mais quoi qu’il se passe, ce musée se fera, note Philippe Meylan. Nous avons une solution B, moins grande.»

L’énorme machinedes «Temps modernes» sera recréée, comme sur le plateau du film sorti en 1936