Recueil

Une poésie très rock’n’roll

L’écrivain neuchâtelois, Alexandre Caldara, s’offre des strophes burlesques

Auteur d’un premier texte conjuguant roman et poésie, L’Emacié, paru en 2015, Alexandre Caldara récidive avec Volubiles nudité. Même concept, même façon de structurer une narration en cascade, linéaire, mais ici complètement déjantée. Au fil de strophes parfois burlesques, de trouvailles comme cette «absence criarde d’huile dans les rouages», étonnantes et même poétiques, le texte s’emballe, comme roulé dans une vague dépassant ses propres forces pour dégénérer en une sorte de logorrhée ayant perdu ses boussoles.

Quand L’Emacié cernait un personnage passablement brouillardeux jusqu’à le rendre lumineux, Volubiles nudités parle d’un groupe de rock qui porte précisément ce nom et de sa chanteuse «presque mutique», ainsi que d’une flopée de personnages.

Quand l’élan initial s’essouffle

Caldara a lâché le téléobjectif pour un cadrage plus large. Divers personnages font leur entrée dans le champ, studieusement énumérés en un petit lexique «par ordre d’apparition». Il y a là Dodu l’Epicurien en amoureux de la chanteuse, toujours à ses casseroles à délices, Détective 1, Détective 2, etc. Apparaissent encore Veine sur le front et Jean-Baptiste de Montaigu, pour ne citer qu’eux, et plus tardivement Suzanne, Gentiane et Karl Carosse. Jean-Baptiste de Montaigu en découd avec un dossier relatif à la peinture du Titien et sollicite les deux inspecteurs plutôt habitués aux adultères en tous genres pour le premier et au blanchiment d’argent pour le second. Rude affaire de vouloir «enchevêtrer les deux mondes: Titien enfermé en sa splendeur irréelle et ce rock bien vivant et pourtant en forme d’extinction».

L’élan initial s’est hélas abîmé dans une purée narrative très rock’n’roll où se noient les belles envolées poétiques. Comme si Caldara en avait fait un peu trop, à vouloir peut-être courir trop de lièvres à la fois.


Alexandre Caldara, «Volubiles nudités», Samizdat, 99 p.

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