Moi, vous présenter un livre dont la couverture montre une petite princesse habillée de rose? Jamais! Et pourtant…

L’histoire est bien celle de La Princesse au petit pois d’Andersen, gourmandement revisitée. Mais c’est surtout dans le traitement iconographique que réside l’originalité de l’ouvrage: Martine Camillieri, plasticienne et scénographe, trouve dans la page blanche un nouveau lieu où laisser s’exprimer son art; de petits jouets (du plastique et encore du plastique!) figurent les personnages, plantent le décor, qui peut aussi être naturel lorsque des feuilles de sauge cachent une reine-mère ou qu’une princesse joue du piano dans une branche de cerisier.

On sourit à chaque page, mais derrière les joyeux détournements, les malicieuses utilisations, la causticité guette: voyez ce trône fait d’éponges à vaisselle, ce château en boîte à œufs. Ça nous parle de notre monde, ça fait le grand écart entre un conte pas loin d’être bicentenaire et une société qui consomme les joujoux par milliers.

Un album coloré, drôle, décalé, qui booste l’imaginaire et donne une folle envie de collectionner les cadeaux Bonux… ça peut toujours servir!

Martine Camillieri, La Princesse au si petit pois, Seuil jeunesse. Dès 4 ans., ***


Trois étoiles alignées

Aux antipodes de cette délicieuse kitscherie, voici Sans ailes, un texte fragile de Thomas Scotto, des images aériennes de Csil, et une lecture pleine d’incertitudes et d’attentes, de frémissements et d’absences.

«J’avais un grand trésor juste au-dessus de ma tête: une petite constellation de trois étoiles alignées, une… deux… trois…» Le héros (il en a le masque!) sait ses étoiles proches et se sent heureux, confiant. Mais un soir, un cyclone passe et les emporte…

A lire comme un conte qui dit les difficultés et les pertes de l’enfance, ou comme le récit symbolique vers lequel nous guide l’homonymie du titre: les bons livres n’ont pas de mode d’emploi ni de passages obligés.

Ce petit personnage étrange, plein de manques, parvient à se reconstruire un environnement pas tout à fait comme avant, mais satisfaisant tout de même.

Les dessins, qu’on a envie de qualifier de minimalistes, mais qui en même temps fourmillent délicatement, passent du blanc affirmé à la multiplication soudaine des motifs: leur minutie évoque le plus délicat des arts bruts… Quant au texte, poétique, riche d’ellipses et de non-dits, il accompagne longtemps le lecteur.

Thomas Scotto, illustrations de Csil, Sans ailes, A pas de loups. Dès 6 ans. ****