Lyrique

Une Pucelle flamboyante

L’opéra de Tchaïkovski, donné en version de concert à Genève, est servi avec éclat par Dmitri Jurowski et l’OSR

Dans la dynastie Jurowski, c’est Dmitri qui a été choisi pour diriger Orleanskaja Deva de Tchaïkovski. Le plus jeune des deux fils du grand Mikhail a lui aussi la direction dans le sang. Et le répertoire russe dans la chair. On attendait donc beaucoup du jeune chef, déjà apparu à Genève dans Rusalka de Dvořák mise en scène par Jossi Wieler et Sergio Morabito il y a quatre ans.

NAu programme de la coproduction actuelle entre le Grand Théâtre et l’OSR, figure donc la Pucelle d’Orléans, ouvrage peu connu, donné en version de concert, en russe non surtitré, avec des voix nouvelles déjà passées à Genève ou issues de la maison pour la moitié d’entre elles. Autant dire une forme de défi que Dmitri Jurowski a relevé avec éclat.

Grandeur de tempérament et hauteur de chant

Cette partition généreuse, qui puise fortement aux sources de Verdi ou de Meyerbeer, convient à la netteté et à l’énergie de la baguette du Moscovite, quitte à parfois se révéler trop sonore. L’OSR s’y montre d’une grande plasticité, d’une précision et d’une puissance remarquables. Une brillance que les vents portent haut sur une belle sensibilité générale.

L’œuvre évolue entre martialité et sentimentalité avec des ruptures de ton saisissantes. Le chœur intense et compact, et les chanteurs très sollicités dans des registres opposés, se livrent un combat des émotions. Ksenia Dudnikova couvre avec vaillance le rôle de Jeanne. Sa projection vocale et sa chaleur de timbre, sur des aigus robustes, s’imposent plus dans la force que dans la finesse. La mezzo ouzbèke impressionne surtout par sa grandeur de tempérament et sa hauteur de chant.

L’autre voix féminine, c’est Mary Feminear. La soprano de la troupe en résidence approfondit et déploie chaque fois plus son art. Son Agnès séduisante réchauffe le plateau. Sur les neuf hommes de la production, deux ténors. Migran Agadzhanyan (Charles VII un peu tendu et nasal) et Boris Stepanov (Raymond vert) défendent courageusement leurs tessitures, devant lesquelles le Dunois royal de Roman Burdenko et le Lionel héroïque de Boris Pinkhasovich dominent la compagnie des barytons.


Victoria Hall à 19h30 les 8 et 10 avril, le 12 à 20h. Rens: 022 322 50 50 (www.geneveopera.ch), 022 807 00 00 (www.osr.ch)

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