«Prière de toucher»: tel est le mot d'ordre d'une exposition qui prend le contre-pied des interdictions muséales. Née de la «saine colère» du plasticien français Thierry Bill Landault face à l'enfermement des œuvres d'art dans des cages de verre qui brisent tout contact tactile, elle réunit les œuvres de quatre artistes, français et suisses: Landault lui-même, Laurent de Pury, Daniel Ybarra et Dominique Froidevaux.

Les sculptures, rendues invisibles par un simple dispositif obscurcissant, sont offertes au toucher du visiteur. Libre à ce dernier de tâter, palper, caresser les matériaux aussi surprenants que variés. De s'approprier l'œuvre grâce aux indications que lui procurent ses mains et de tenter de la reconstituer par l'ima- gination. Fort de ce premier contact, il peut par la suite découvrir l'objet et confronter une appréhension visuelle à ses perceptions tactiles.

L'objet de cette approche en deux temps est, comme l'explique son concepteur, de faciliter la rencontre entre le public et la création plastique contemporaine souvent desservie par l'appréhension visuelle des œuvres. Grâce à cette première phase «à l'aveuglette» le visiteur noue un lien sensuel et affectif avec la sculpture, qui s'en retrouve désintellectualisée. Dès lors, l'absence de message explicite – cause fréquente de rejet de la part d'un public en quête de sens – ne constitue plus un obstacle à l'appréciation. Par ailleurs, le jeu subtil qui s'instaure entre perception, imagination et représentation présente l'avantage de troubler la frontière caduque entre figuration et non-figuration.

Le concept, déjà présenté avec succès au Centre culturel régional de Porrentruy, au Musée jurassien des beaux-arts de Moutier ainsi qu'à la Fondation Verdan à Lausanne, s'expose aujourd'hui à Genève selon une formule novatrice et décentralisée: quatre plasticiens, mais aussi quatre lieux, représentatifs de quatre domaines différents de la culture. L'exposition s'inscrit dans le cadre du projet «Signé 2000», dont le but est également de surprendre un large public dans son quotidien. Réunies aujourd'hui dans la serre tempérée du Jardin Botanique, les œuvres seront dès demain dispersées entre ce premier espace, le hall principal de la Bibliothèque de la Cité, le Musée d'histoire naturelle et la Maison du Grütli.

Une quadruple invite, en quelque sorte, à se laisser prendre au jeu de l'art.

Prière de toucher, du 4 au 28 février. Vernissage le 4 février à 11 h, serre tempérée du Jardin botanique.