Roman

Une quête d’amour burlesque et postmoderne

Encore un brillant délire de la jeune romancière polonaise Dorota Maslowska

Genre: Roman
Qui ? Dorota Maslowska
Titre: Chéri, j’ai tué les chats
Traduit du polonaispar Isabelle Janès-Kalinowski
Chez qui ? Noir sur Blanc, 158 p.

Au début, il y a un chat allongé dans la rue, «ni tout à fait en train de se dorer au soleil, ni tout à fait mort finalement». A la fin, il est toujours là, dans le flot des voitures. Tout n’aurait donc été qu’un rêve? Des cauchemars, il y en a plein dans le récit halluciné de Dorota Maslowska. Mais ils sont plutôt peuplés de sirènes SDF et de méduses en sacs de plastique, de sang et de meurtres. Les univers oniriques sont poreux, les songes migrent d’un individu à l’autre. C’est quand même Farah qui hérite des plus déstabilisants. Dans une ville où l’on paie en dollars, située nulle part, même pas en Pologne, la jeune femme vit par procuration, crève de manque d’amour, remplit les questionnaires de Yogalife («Es-tu une yoginî sexy?») et souffre de voir sa copine Joanna, la coiffeuse, la trahir pour un mec nul. Née en 1983, Dorota Maslowska s’est fait connaître à dix-sept ans, avec Polococktail Party , qui a rencontré un succès foudroyant, en Pologne et à l’étranger. Depuis, elle a publié Tchatche ou crève , et des pièces de théâtre jouées un peu partout dans le monde. Elle possède une faconde qui transcende la notion de bon ou de mauvais goût. La hardiesse qu’elle manifeste dans le délire emporte le rire et, parfois, la stupéfaction. Les aventures de la malheureuse Farah, le vide de sa vie et les fantasmes avec lesquels elle tente de la peupler sont hilarants et pathétiques à la fois, comme le sont ceux de la masse humaine indifférenciée, agglutinée dans le métro. Dorota Maslowska, qui a l’air d’une petite fille sage, dépeint un monde virtuel, où des personnages paumés luttent avec succès «contre la sobriété» à l’aide de toutes sortes de substances, un monde au sein duquel elle se met en abyme avec son «foutu bouquin» à écrire. Elle ironise sur le monde de l’art, les techniques de développement personnel, la bien-pensance, le discours publicitaire ou celui de management, avec tant de démesure et de justesse à la fois, des formules si heureuses, qu’on la suit jusque dans ses envolées bouffonnes.

Publicité