Trente ans à peine et déjà quelques valeureux titres pour la Queen Latifah, Black explosive venue bouleverser l'existence WASP et bien lustrée de Steve Martin dans Bronx à Bel-Air. Musicienne, animatrice de talk-show, manager d'artistes et comédienne, cette reine du r'n'b, dont la seconde partie du pseudonyme signifie «sensible» en arabe, fut consacrée en 1989 pour son premier opus All Hail the Queen. Bien avant Missy Elliott, la féline femelle saisit l'importance de régenter chaque degré de la production musicale, imposant par le truchement de sa propre maison, Flavor Unit Entertainment, de nouveaux critères en matière de contenu et de style visuel.

A l'inverse, la souveraine se garda bien de tout caprice de princesse lorsqu'il s'agit d'engager sa carrière d'actrice. De ses modestes débuts dans des séries télévisées comme Le Prince de Bel-Air jusqu'à une première prestation dans Jungle Fever (1991) de Spike Lee, sa voie se confond, un temps, avec des mises en scène afro-américaines lorgnant vers le hip-hop: Juice (1992) aux côtés du rappeur Tupac Shakur et Set It Off (1996). S'ensuivent quelques rôles secondaires dans de grosses productions blanches telles que Sphere et Bone Collector. Pour aboutir à Chicago où son personnage de geôlière roublarde lui vaut une nomination aux Oscars.

Depuis, non seulement son nom a gagné le haut de l'affiche mais l'African Queen peut prétendre dorénavant partager le trône d'un homme, blanc de surcroît. Fini les emplois de matrone à coffre, désormais la «délicate» se permet d'afficher ses rondeurs sexy dans des rôles de femme désirable et désirée. Y compris par des Blancs, ce qui, dans la configuration du cinéma et de la TV américaine, paraissait, il y a peu encore, relever de la gageure. Ainsi, sous de faux aires braques, c'est par la sensualité que Queen Latifah s'est résolue à vaincre l'un des derniers bastions ségrégationniste du cinéma américain: le refus du métisser les genres et particulièrement les couleurs.