Il arrive à Nyon chargé d’un des meilleurs albums de l’année, Push the Sky Away. A 55 ans, Nick Cave a endossé de nouveaux costumes. Il a débranché une partie de ses amplificateurs rocailleux et a fait un peu d’ordre dans ses idées. Bien sûr, cet «aggiornamento» personnel n’ôte rien à la noblesse des gestes passés, mais sa radicalité impressionne. Sans doute parce que, pendant trois décennies, le chanteur a mis en place une étrange cohabitation des genres. Il a été tantôt dans la frénésie électrique, tantôt inspiré pour des tonalités acoustiques et sépulcrales. Il a bricolé aussi un mysticisme personnel, dont la noirceur fait la beauté des textes. Et il a enfin revisité le blues en y ajoutant du sombre. Aujourd’hui, cette identité multipolaire qui lui a valu des albums mémorables semble domptée. Place à un virage qui laisse tout à l’élégance des lignes mélodiques, aux vers murmurés, au ton introspectif.

Un des grands événements du festival aura ainsi été le battement lent et le raffinement des chansons au cœur desquelles chaque instrument est roi. Moment charnière? Oui, parce que le chanteur est de ceux qui ne se sont jamais défaits de ce qui les a nourris durant leur jeunesse. Nick Cave a débuté par le post-punk. Il en a enrichi la palette avec une formation, The Birthday Party, dont la vie éphémère est inversement proportionnelle à l’impact artistique. Plus tard, avec ses Bad Seeds, puis au sein du projet Grinderman, il a conjugué hargne et broderie fine. Celle-ci fait désormais la deuxième jeunesse de l’artiste.

Nick Cave & The Bad Seeds, Paléo Festival, Grande Scène à 21h15.