Avec Michel Jeanneret, décédé en 2019, l’art et la littérature des XVIe et XVIIe siècles redevenaient des formes vivantes. Au fil des livres qui ont jalonné son parcours académique (il fut notamment professeur à l’Université de Genève, mais aussi à la Johns-Hopkins de Baltimore), on a pu, entre bien d’autres choses, découvrir de quelle manière Rabelais dynamitait nos manières de penser le monde (Le Défi des signes, 1994); imaginer l’art de la Renaissance comme l’expression d’une fluidité pleine de vie (Perpetuum Mobile, 1997); goûter aux tourments des sens qui saturaient l’âge classique (Eros rebelle, 2003); estimer comment le rire a évolué entre le XVIe et le XVIIe siècle (J’aime ta joie parce qu’elle est folle, 2018, son dernier livre). L’auteur de ces lignes, qui a pu bénéficier de ses cours, de ses livres, de ses encouragements et de son expertise, peut en témoigner: lire ou écouter l’humaniste Michel Jeanneret, c’était entrer dans un monde de pensée agile, d’érudition fertile – et d’humour pince-sans-rire, ce qui n’ôtait rien au plaisir.