manifeste

Pour une révolution sexuelle dans le monde arabe

Une féministe égyptienne dénonce la misogynie des fondamentalistes musulmans

Lecture

L’obsession sexuelledes wahhabites

C’est un débat miné, dans lequel les fronts se brouillent, avec la droite xénophobe en pointe apparente du combat pour les droits des femmes et les intégristes réclamant au nom des libertés fondamentales celui de porter le niqab. Mais Mona Eltahawy ne se laisse pas faire. Ses droits à elle, elle les a conquis à la manière des féministes des années 1970: en travaillant d’abord à les construire dans son intimité. Contre l’opinion, contre les traditions et la naturalisation des discriminations, au risque de rompre avec un entourage aimant.

Tout au fond du bus

Née en Egypte en 1967, elle a grandi en Arabie saoudite, où son père avait trouvé un travail et où elle se rappelle avoir dû, avec sa mère, aller chercher un siège dans les deux derniers rangs du bus, réservés à son genre par la misogynie dominante. Où elle a fini par se cacher sous un hidjab qui, assure-t-elle, est devenu, par les contradictions où il la projetait, «une activité à plein temps» – lui prenant, en quelque sorte, la tête aux sens propres et figurés du terme.

Revenue dans son pays, puis émigrée aux Etats-Unis, elle a fini par se découvrir, en ayant d’abord pris bien soin de se faire réaliser la pire coupe de cheveux possible pour continuer, en quelque sorte, à cacher ses attraits et sa sexualité, qu’il lui a fallu, dit-elle, encore plusieurs années pour retrouver, petit à petit, derrière les inhibitions qu’elle s’était imposées. Devenue journaliste, revenue en Egypte pour couvrir le Printemps arabe, c’est encore dans sa liberté sexuelle qu’elle s’est trouvée agressée, victime, comme toutes les femmes quel que soit leur costume, d’un pelotage agressif de tous les instants.

Car la sexualité, dans cette affaire, est la clé de tout. Hijab, niqab, abaya, tous ces vêtements qui visent à ôter les femmes de la vue publique – entendez masculine – font reposer le contrôle social et familial de la sexualité sur le contrôle du corps des femmes. Mutilations génitales, prohibitions diverses visant la mobilité – costume entravant, interdiction de sortir à certaines heures ou dans certains endroits, de faire du vélo, de conduire une voiture – construisent ce contrôle, renforcé encore par l’impunité dont profitent le harcèlement sexuel et le viol, y compris aux mains des forces de l’ordre, ainsi que le meurtre des insoumises.

Cette situation, elle ne l’attribue pas à l’islam, dont le message fondamental a sans doute à peu près autant à voir avec le puritanisme wahhabite que la parole évangélique avec la morale victorienne, mais aux traditions du monde arabe et surtout à l’hégémonie que lui imposent aujour­d’hui des régimes autoritaires et corrompus, servis par des clercs obsédés. Quant au combat auquel elle appelle, il ressemble finalement à celui entrepris il y a un siècle et demi en Europe et aux Etats-Unis pour la levée des tutelles masculines, le droit à l’éducation, à la représentation politique, aux sports, au libre usage de son corps et de sa sexualité. Et pas encore terminé.

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