Jeux

Une semaine dans la peau d’un agent secret

Le 17 mai, une centaine de participants investiront Spygame, un jeu de rôle qui se déroule en ligne et dans les rues de Genève. Leur mission? Déjouer un complot écoterroriste

Enigmes, indices, voix off et compte à rebours obsédant: Spygame est une épreuve d’espionnage qui se joue à la fois sur internet et sur les pavés genevois. Dès mardi et pour une semaine, quelque 150 participants se glisseront dans la peau d’un agent de renseignement chargé d’une mission: empêcher une conspiration mondiale terroriste impliquant un certain Augusto Wargas, alias El Topo. Avec, en toile de fond, le conflit syrien et l’univers de la Genève internationale. À mi-chemin entre le jeu de rôle et le jeu vidéo, le concept, imaginé par trois trentenaires originaires du Valais, est inédit à ce jour.

Planifiée en quatre phases de 48 heures, la partie alterne des séquences d’énigmes en ligne et des déplacements sur le terrain pour rencontrer des agents ou recueillir des indices. Au terme de chaque étape, des briefings vidéo façon webseries permettent aux joueurs, âgés de 20 à 40 ans, d’acquérir des renseignements supplémentaires. Ou d’être recalés s’ils ont commis des erreurs ou dépassé le temps imparti. À la clé pour les trois espions les plus rapides, deux billets d’avion pour une destination européenne ainsi que 1000 francs d’argent de poche. Ceux qui auront échoué en cours de route pourront toutefois terminer la partie, mais sans concourir pour le prix.

A l’origine de Spygame, trois copains d’enfance accros aux séries d’investigation comme Homeland, Braquo, True Detective ou encore le thriller israélien False Flag. Elaborée sur un coin de table, après une soirée arrosée, l’idée fait son chemin parmi le trio qui officie dans des domaines différents, mais complémentaires. Léonore Albasini est community manager, Julien Von Roten, journaliste, et Alexis Pfefferle, qu’on rencontre à la terrasse d’un café de Plainpalais, gère une société de renseignement économique. Surfant sur l’élan des chasses au trésor et des Escape Rooms, ces jeux d’évasion grandeur nature où les participants disposent d’une heure pour résoudre l’énigme qui leur permettra de quitter la pièce, ils élaborent leur propre concept.

«La trame est fictive, mais reste plausible»

«J’avais testé une escape room à la Sherlock Holmes en Italie. C’était sympa, mais un peu court et désincarné. Pour notre jeu, nous voulions ajouter une plus-value avec des supports vidéos, créer une véritable interface de jeu sans toutefois se déconnecter du terrain», explique Alexis Pfefferle. Début février, tout s’accélère. Les trois amis contactent une société informatique pour créer le site internet et mandatent une boîte de production pour les visuels (trailer, tease et briefs). Loin des forteresses médiévales, Spygame se veut bien ancré dans la réalité. «La trame est fictive, mais reste plausible. Les énigmes s’inspirent de faits réels.»

Pourquoi l’éco-terrorisme? «Le terrorisme est un sujet d’actualité, poursuit le jeune homme de 30 ans. Comme nous ne voulions pas entrer dans des considérations religieuses ou politiques, l’écologie était un bon compromis. Du reste, les opérations de sabotage de laboratoires de recherche, perpétrées par des défenseurs de la cause animale, sont des menaces prises très au sérieux en Grande-Bretagne notamment.» A quelques jours du coup d’envoi, cet avocat de formation semble serein, même si la crainte d’un bug informatique reste présente. Avec des tarifs d’inscription à 99 francs, le pari d’un budget à l’équilibre reste risqué, sachant que le trio a investi au total près de 35’000 francs de fonds propres. «Nous avons tenté de démarcher des sponsors, mais la plupart étaient frileux. Ils voulaient voir des résultats avant d’avancer l’argent.»

Curiosité, intuition et esprit de compétition

Sur le site entièrement bilingue de Spygame, on plonge dans l’univers d’une cellule d’espionnage. «Chaque personne inscrite reçoit un code d’accès qui lui permet de visionner les briefs et de nous communiquer ses réponses.» Avec un âge minimum fixé à 16 ans, le jeu augmente en difficulté au fil des étapes. «Les débuts sont relativement accessibles. À partir de la troisième étape, ça se corse.» Comment gagner? «Il n’est pas nécessaire d’être un geek aguerri ou de disposer de compétences informatiques particulières.» D’autres qualités se révèlent en revanche nécessaires. La curiosité, l’intuition et une bonne dose d’esprit de compétition. «L’objectif était de rendre le jeu compatible avec un emploi à plein-temps. La plupart des personnes inscrites sont des professionnels, avocats, banquiers, entre autres. Il y a même un bureau qui a décidé d’organiser un concours à l’interne avec un seul compte.»

Concrètement, à quoi doivent s’attendre les futurs participants? «La première et la troisième étape se joueront en ville de Genève, explique Alexis, qui prend garde à ne pas spoiler. Il s’agira d’aller à la rencontre d’agents, spécialement engagés pour l’occasion, afin de recueillir des indices et de localiser une cible d’attaque.» Durant la seconde étape, inspirée du jeu «Qui est-ce», les joueurs devront identifier le profil d’un suspect. La partie se dénouera en interceptant un lieu de rendez-vous entre le terroriste et son commanditaire.

Une seconde saison?

Alors que sur le site, les minutes qui séparent les joueurs du début de leur mission s’égrainent lentement, Alexis réfléchit déjà à une seconde saison. A Genève ou à l’étranger? Il maintient le suspense.

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