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«Hannibal»

Une série qui finit par se cannibaliser

Feuilleton qui a fait jaser lors de son annonce, la création de Bryan Fuller revient aux sources du lien entre le trouble psychiatre et l’enquêteur. Elle se perd en chemin

Genre: DVD et blu-ray
Qui ? Série développée par Bryan Fuller (2013)
Titre: Hannibal
Chez qui ? Gaumont

Le choix de distribution tenait du coup de génie. Le Danois Mads Mikkelsen, révélé à Hollywood grâce au James Bond Casino Royale, en Hannibal Lecter, le psychiatre cannibale: l’idée a de quoi affoler les amateurs. L’acteur ­apporte une froideur et une élégance qui pourraient surpasser l’incarnation d’Anthony Hopkins dès Le Silence des agneaux, en 1991. Les vendeurs d’Hannibal ont d’ailleurs utilisé en abondance les impeccables costumes de l’acteur pour le marketing du feuilleton. Toutefois, même si le comédien est brillant, une puissante inspiration pour le casting ne garantit pas la réussite d’une série – encore moins qu’un film, puisque dans ce cas, la dimension de la durée pèse lourd. Hannibal constitue un exemple de cette évidence.

Comme Bates Motel, autre fiction sulfureuse apparue cette année, Hannibal, récemment montrée par Canal + Séries, revient aux sources. S’inspirant plus ou moins de Dragon Rouge, le premier roman de la tétralogie de Thomas Harris, le feuilleton commence avec la rencontre de l’enquêteur du FBI Will Graham (Hugh Dancy) et du douteux médecin. Il se déroule sur fond de multiples meurtres, attribués, ou non, à un même auteur. Descente aux enfers criminelle qui affecte toujours davantage Will, lequel perd pied.

En première lecture, Hannibal offre de bonnes louches d’ambiances poisseuses – en Suisse, elle est déconseillée aux moins de 18 ans. Sans oublier la finesse culinaire du docteur Lecter lorsqu’il apprête un foie ou des filets de porc, dit-il. Les titres d’épisodes, en français dans le texte («Apéritif», «Coquilles», «Buffet froid»…), aiguisent le sadisme général du propos.

De surcroît, ces 13 premiers épisodes sont dus à Bryan Fuller, personnalité subtile du monde des séries américaines. Formé à l’écriture d’une énième fournée de Star Trek, il s’est illustré avec deux créations tournant drôlement autour de la mort: Dead Like Me, ou le destin post mortem d’une ado tuée par la chute des toilettes de la station Mir sur sa maison, puis Pushing Daisies, histoire d’un gang original dont le meneur, un pâtissier, peut ressusciter les défunts, au moins un temps. Ces deux fictions hors norme ont marqué par le soin porté aux personnages ainsi qu’à leur esthétique. Pour Hannibal, Bryan Fuller et les autres producteurs manifestent le même souci, notamment en appelant à James Foley (Comme un chien enragé) à la réalisation de certains épisodes.

De solides prémices, pour un résultat navrant. L’abîme dans lequel Will s’enfonce, et que Lecter semble encourager sans trop en faire, finit par absorber l’intrigue et noyer le projet. Le duel annoncé se disloque sous l’effet d’une étonnante dispersion narrative. Hannibal paraît souffrir d’un excès de zèle, à trop vouloir détailler le parcours de son personnage principal – au point que dans plusieurs épisodes, Mads Mikkelsen, la trouvaille en or, se trouve relégué au rang de spectateur d’une histoire qui semble se dérouler sans lui. Un comble, alors qu’il s’agit de l’effroyable Lecter.

Il faut un sursaut, au huitième épisode, pour que cette atmosphère floue soit un peu trouée, et que le jeu de piste dans les tréfonds du mal trouve quelque incarnation. C’est alors sordide, comme il se doit: Lecter est confronté à un rival dont le raffinement consiste à utiliser des boyaux de ses victimes au profit d’instruments à cordes. Mais l’ensemble balbutie, peut-être, aussi, par volonté de prendre le temps avant une deuxième saison, que les producteurs ont obtenue.

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