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Une série TV tient parfois à quelques secondes

Arte montre ces temps la fiction québécoise «Fatale-Station». Elle ne manque pas de qualités, et elle s’impose surtout par un moment magnifique

Une scène magnifique a lieu à la fin du deuxième épisode de Fatale-Station, série québécoise qu’Arte montre ces temps et qui sort en DVD. Depuis le début, la petite ville du Québec a été bousculée par l’arrivée de Sarah, pour des raisons encore obscures. Le bourg est dominé par une femme impitoyable, qui veut chasser la nouvelle venue. Le maire, qui vit avec sa femme paralysée et sa fille en sourde rébellion, prend la défense de l’étrangère. Il rentre chez lui une fin de journée, prend une bière, et puis il semble manquer d’air. Il se met à ouvrir toutes les fenêtres de la maison, mais il souffle encore lourdement, de son propre monde qui l’étouffe.

«Une scène symbole»

«Cette scène est un symbole de la série», m’a expliqué Stéphane Bourguignon, le créateur, rencontré au dernier festival Séries Mania: «L’héroïne ouvre les fenêtres de la ville, elle la bouscule. Elle pousse les personnages à basculer, soit dans le vide, soit en direction d’un certain avenir. Elle révèle l’étouffement du village.»

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Ainsi apparaissent les fortes séries. Dans le flux de l’action, dans ces successions de scènes aux dialogues rugueux ou de coups de force, dans les flash-back intrigants qui laissent entrevoir le mystère des personnages. Et soudain, ces moments suspendus, où un personnage se révèle. Sans l’épaisseur apportée par les épisodes qui se suivent, de tels instantanés n’auraient pas une telle force.

L’angoisse et le vertige

Le maire se dévoile en repoussant les rideaux, il dit sa faiblesse par ses gestes interrompus et son souffle serré. Il avait fait montre d’autorité à certains moments, tout en souffrant de son éloignement avec sa fille, et voilà que cette oppression physique, cette crise d’angoisse et de vertige, amène à une visibilité les limites d’une existence. C’est parfois en quelques secondes qu’une série s’impose.

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