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Huit acteurs jouent un «Macbeth» à la mode sarde, réglé comme un combat martial.
© La Bâtie

Spectacle

Une sorcellerie sarde fait le bonheur de La Bâtie

Avec son «Macbettu», l’Italien Alessandro Serra célèbre le pouvoir ancestral des tréteaux. Huit acteurs affûtés comme des forçats offrent un étourdissant sabbat à la mode de Sardaigne, ce mercredi soir encore au Forum Meyrin

Le classicisme au théâtre, c’est une attitude. Une mémoire en fusion. Une forme qui s’ancre dans une culture et qui la magnifie. Le geste du metteur en scène italien Alessandro Serra est de cet ordre-là, c’est sa beauté. Au Forum Meyrin, à l’affiche de La Bâtie ce mercredi soir encore, il offre un Macbeth plongé dans un chaudron sarde et ressorti en Macbettu. Huit acteurs au physique de forçat vivent cette fureur au service de Shakespeare.

Sorcières barbues

On n’est pas précisément spécialiste en sorcellerie, mais de telles diablesses, on n’avait jamais vues. Dans une pénombre de château hanté, sur un sol qui se révélera crayeux, trois sorcières, barbues et en robes de bure, courbées comme des troglodytes, filent à pas vifs de chats de gouttière. Elles font semblant de se défiler, car elles savent bien, ces Parques au poil qui pique, qu’elles vont faire le malheur de ce matamore de Macbeth et de son camarade Banquo. Elles les cernent et leur soufflent dans la figure un parfum d’avenir: «Le trône t’attend, Macbeth.»

Chaque scène est à l’image de ces préliminaires: tendue et léchée, musclée comme un flanc de setter anglais et tranchante comme le glaive d’un guerrier de la lande – voyez le film Highlander avec Christophe Lambert et Sean Connery, une vieille histoire. Alessandro Serra, qui créait en 1999 sa compagnie, Teatropersona, traite son Shakespeare en sourcier: il fait remonter les gestes de rituels de villages sardes et réactive les préceptes des maîtres russes des années 1920-1930. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas la radioscopie intime d’une exécution, mais la fresque primitive d’un instinct débondé. Comme Vsevolod Meyerhold, ce metteur en scène soviétique dont il se réclame, Alessandro Serra vise l’allégorie physique, plutôt que les bruissements d'âmes.

Lire aussi: A La Bâtie, la ville asphyxiée devient une forêt vierge

Symphonie des pourceaux

Voyez cette extraordinaire séquence. Lady Macbeth – un homme sculptural, à la chevelure ondulante façon Gina Lollobrigida – et son mari régalent le roi Duncan et sa suite. Sur le plateau vide, une demi-douzaine d’affamés, nus comme des vers ou presque, se précipitent à quatre pattes vers une écuelle géante. Ils lapent son contenu dans un grognement de porcherie. C’est la symphonie des pourceaux avant l’égorgement du souverain.

Admirez encore cette apothéose. Macbeth, crâne lisse de fourbe aux abois, attend l’ennemi, sûr que rien ne pourra l’abattre. Ne faudrait-il pas, d’après les prophéties du trio luciférien, que la forêt se déplace pour qu’il soit vaincu? Sur le plateau, quatre tables métalliques dressées vers les cintres tiennent lieu de troncs. En surgit une cohorte masquée, créatures des bois, mi-démons, mi-bêtes: ce sont les arbres justement en ordre de marche.

Tout est de cet acabit dans Macbettu, ingénieux et musical. A l’heure des technologies dominantes, Alessandro Serra et son équipe proposent un théâtre brut, enraciné dans les matières, le bois, la pierre, les étoffes de saltimbanques, les résonances de calebasse. Il signe surtout un éloge de la troupe comme grand corps ensorcelant. Macbettu est un acte de foi dans le pouvoir des tréteaux. Cette mixture classique est bonne.


«Macbettu», Théâtre Forum Meyrin, me 5 sept.; La Bâtie, jusqu’au 16 septembre, www.batie.ch

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