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Denis Maillefer et Natacha Koutchoumov inaugureront la Nouvelle Comédie en 2020, dans le quartier de la gare des Eaux-Vives.
© Fred Merz | lundi13

Théâtre 

«Une splendide coquille vide, ce serait absurde»

Soutien fort de la Loterie Romande, appui d’une fondation privée, enthousiasme des politiques: la future Comédie de Genève et ses directeurs Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer mobilisent au-delà des cercles culturels. Mais si la subvention ne double pas d’ici à 2020, le projet prendra l’eau

Et si c’était le plus beau lever de rideau de leur vie? Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer révéleront mardi leur première saison conçue à quatre mains – celle qui s’achève est l’œuvre de leur prédécesseur, Hervé Loichemol. Mais ce grand jour en annonce un autre, encore plus capital, à la rentrée 2020: le duo inaugurera alors la Nouvelle Comédie, au cœur du quartier de la gare des Eaux-Vives, station névralgique du CEVA – liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse

Nirvana ferroviaire? Dans l’esprit de Denis Maillefer et de Natacha Koutchoumov, le projet est clair: avec ses deux salles – l’une de 500 sièges, l’autre de 200 –, son foyer qui pourra accueillir jusqu’à 700 personnes, ses ateliers, la Nouvelle Comédie fera figure d’écrin pour le meilleur de la création européenne et de tremplin pour les troupes de la région. Mais pour que cette vision prenne corps, il faudra que la subvention actuelle, environ 6 millions, double, comme le cahier des charges du concours pour le poste de directeur le prévoyait.

Et c’est là qu’on tombe du Nirvana. En ce mois de juin, public, professionnels, politiques, broient du noir. Le Conseil municipal est-il prêt à doubler l’aide de la ville d’ici à 2020? Le canton, qui s’est retiré du jeu, pourrait-il accepter de cofinancer l’institution? Les privés ont-ils un rôle à jouer dans ce montage dont dépend la réussite du chantier culturel le plus ambitieux de ces dernières années? L’urgence tenaille les esprits.

Le Temps: Qu’en est-il aujourd’hui de l’augmentation de la subvention?

Natacha Koutchoumov: Elle devrait passer à 12,5 millions d’ici à 2020, pour que nous puissions nous appuyer sur un budget de 15 millions. Ce montant est important, mais pas luxueux, si on le compare à celui d’autres scènes suisses: le Schauspielhaus de Zurich tourne autour de 45 millions de budget, le Grand Théâtre a 61 millions, le Stadttheater à Berne s’appuie sur 37 millions. Nous ne prétendons pas à ces sommes, mais nous ne pourrons pas réaliser notre projet, celui pour lequel nous avons été nommés, sans ces 12,5 millions d’aides publiques prévus par le cahier des charges du concours.

Denis Maillefer: La Nouvelle Comédie a été conçue pour qu’on puisse y créer des spectacles. C’est l’essence même du projet. Dans ce cadre, nous allons faire plus que doubler de volume, avec nos deux salles, nos ateliers de construction intégrés, nos quelque 240 représentations par an. En 2020, l’équipe de la Comédie comprendra 61,5 employés à plein temps, contre 27 aujourd’hui. Ce n’est pas mégalomanie de notre part. C’est ce qui nous est demandé. Nous avons un but: proposer un ancrage local fort, avec des artistes d’ici; et offrir une programmation de niveau européen.

Que faites-vous pour convaincre les politiques?

N. K.: J’ai rencontré tous les représentants des partis et je sens un enthousiasme autour de ce théâtre. Les politiques comprennent bien que l’enjeu n’est pas seulement artistique. Si nous réussissons, cette Comédie aura un attrait touristique puissant et elle fédérera la population autour de ses activités.

D. M.: Notre ambition est de réduire la fracture entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Nous avons des projets concrets pour œuvrer dans ce sens. Nous sommes persuadés que nous pouvons intéresser un public que le théâtre intimide. Certaines de nos thématiques s’adresseront aux jeunes par exemple.

A la suite des élections du printemps, le visage du Grand Conseil a changé: la droite et la gauche font jeu égal. Le Conseil d’Etat s’est renouvelé, avec l’élection de Thierry Apothéloz, un deuxième socialiste qui vient de reprendre l’Office cantonal du sport et de la culture. Ne faut-il pas tabler sur un retour du canton dans le financement de la Comédie?

N. K.: Il y a eu une répartition des tâches entre la ville, les communes et le canton qui n’est pas satisfaisante. La Nouvelle Comédie est, au même titre que l’OSR ou le Grand Théâtre, une institution qui contribue au rayonnement du territoire genevois. Il nous semble juste que le canton finance aussi cette maison.

Mais au nom de quoi?

N. K.: Notre rayon d’action a directement à voir avec les missions du canton: nous avons des projets avec l’Université de Genève, avec la HEAD, nous sommes surtout liés à la Haute Ecole romande des arts de la scène à Lausanne, dont Genève est partie prenante. Nous sommes d’ailleurs un employeur de poids pour ses diplômés. Nous prévoyons d’autre part de renforcer nos liens avec les écoles publiques genevoises. Enfin, nous allons nous affirmer, davantage encore qu’aujourd’hui, comme un pôle de création de spectacles et de diffusion.

D. M.: Grâce à la gare du CEVA, le public pourra venir de partout. Nous serons au centre du Grand Genève. Une bonne moitié des spectateurs, voire plus, ne vit pas en ville de Genève.

Que peuvent les privés dans ce contexte?

N. K.: Les privés approchés sont enthousiastes et prêts à financer certaines opérations. Une fondation s’est engagée de manière pérenne à soutenir un programme pour de jeunes artistes. La Loterie Romande va apporter une somme importante à des projets liés à la transformation de notre institution, avec tout ce que cela implique comme enjeux patrimoniaux, technologiques, artistiques, etc.

Mécènes et fondations pourraient-ils apporter les 6 millions qui manquent?

D. M.: Ils ne se substitueront pas aux pouvoirs publics: il n’est pas question pour eux, ce qui est compréhensible, de financer le fonctionnement de la maison. Nous les sentons désireux de s’investir, mais ils veulent avoir la certitude que nous serons en mesure de faire ce que nous annonçons. Il faut donc que le socle budgétaire soit assuré. Sinon, leur intérêt retombera.

Deux ans, c’est court…

N. K.: Il faut que la subvention augmente de 2,5 millions, dès la saison 2019-2020. Cela correspond au chantier du déménagement qui a son coût, aux multiples tests techniques et de sécurité que nous devrons faire aussi dans le nouveau bâtiment. L’engagement de dix personnes est prévu dès l’année prochaine. On ne va pas passer du jour au lendemain d’une structure de 27 emplois à plein temps à 61,5.

Et si vous n’obtenez pas la subvention nécessaire au projet?

D. M.: Nous ne pouvons pas croire à un tel scénario. Ce qui est clair, c’est qu’on ne pourra pas développer notre projet avec les fonds actuellement alloués. Vous imaginez une splendide coquille vide dans un quartier qui sera l’un des poumons de la ville. Ce serait absurde.

N. K.: Pour vous donner une idée du changement d’échelle, nous allons passer d’un volume de 19 136 m3, celui de l’actuelle Comédie du boulevard des Philosophes, à 103 106 m3. Nous aurons un restaurant ouvert 7j/j, des rencontres et des masters class avec des artistes, des débats avec des intellectuels. Il y aura dans nos murs, selon les jours, un marché avec des produits locaux. Notre désir est que cette cathédrale de verre soit incroyablement vivante. C’est un projet qui dépasse le théâtre. Comment les politiques pourraient-ils passer à côté de cela? 

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