Histoire naturelle

Une star des dinosaures invitée à Genève

Pour ses 50 ans, le Muséum de Genève accueille un hôte en première mondiale: un squelette de dinosaure tout frais déterré. Il est le héros émouvant d’une grande exposition consacrée à ces animaux préhistoriques

C’est une rencontre fortuite, qui met aux prises le virtuel contemporain et l’ossature du monde. A l’heure où Palexpo s’apprête à lancer une exposition géante sur les dinosaures, version immersion technologique à grand spectacle, le Muséum d’histoire naturelle de la Ville de Genève présente pour ses 50 ans à Malagnou une exposition sur le même thème. Mais c’est dans leur plus simple expression, leur squelette, que le Muséum a choisi de faire découvrir au public dès ce week-end les grands animaux disparus. Voyez.

Ouvrir une porte et patienter dans le noir, au troisième étage de l’institution culturelle la plus fréquentée de Genève (11 millions de visiteurs depuis 1966). Distinguer dans la pénombre une vague et immense échine. Attendre la lumière et percevoir l’émotion du directeur et maître d’oeuvre, Jacques Ayer, lorsque soudain elle frappe Arapahoe. Arapahoe ou le squelette authentique d’un dinosaure de 27 mètres, proche du diplodocus, un spécimen herbivore. Ou quand les os ébranlent, captivent, exaltent un monde sauvage soudain plus tangible que tous les films en 4D.

500 jours de fouille

Car Arapahoe bel et bien fut, il y a 150 millions d’années, et ses os bruns colorés à l’oxyde de fer racontent la géologie du Wyoming (USA) où il vécut avant que de disparaître. Pour être exhumé il y a deux ans par des paléontologues suisses après 500 jours de fouille puis 1500 heures de restauration. En première mondiale, les véritables os d’Arapahoe s’exposent au Muséum, «pour rappeler qu’un fossile peut dégager plus d’émotion que toute évocation virtuelle», s’enthousiasme Jacques Ayer. Lequel croit à la complémentarité de son exposition avec celle animée de Palexpo. D’ailleurs, elles se feront des clins d’oeil l’une l’autre, partageant certains aspects de la communication. «Si on arrive à capter les enfants, on aura gagné notre pari», souffle le directeur.

Nul doute. Car outre la preuve scientifique par l’os, le Muséum raconte aussi la magie des fouilles et des méthodes d’extraction qui, comme chacun sait, commencent dans les bacs à sable… Celles du Wyoming démarrent au milieu du XIXème siècle, un Etat qui va devenir le théâtre de la «Guerre des os» que se livrent les chasseurs de dinosaures. A la fin du XXème siècle, vingt squelettes presque complets sont mis au jour, une collection hébergée au Sauriermuseum d’Aathal près de Zurich, partenaire du Muséum de Genève pour cette exposition. C’est d’un gisement situé plus au sud que provient le bel Arapahoe. «Les paléontologues ont acheté une concession aux propriétaires pour avoir le droit de fouiller et de ramener les éventuelles trouvailles en Suisse, explique Jacques Ayer. La législation américaine prévoit qu’ils s’engagent à restituer un pourcentage de la valeur estimée de la découverte.» S’il peut valoir dans les trois millions de francs, elle est, aux yeux du paléontologue, inestimable d’un point de vue patrimonial, scientifique et culturel.

Ni idiots, ni patauds

Sur ce dernier chapitre, l’expo du Muséum tort le cou aux idées préconçues. Cruels les dinosaures? Si peu. Fondamentalement idiots, comme le laisse à penser la taille de leur tête? Non pas. Patauds? Encore moins. L’exposition propose aussi une touche poétique, rappelant à travers des représentations artistiques que dragons et géants, pour être des mythes, étaient aussi, peut-être, inspirés de découvertes incomprises. Pour finir, une galerie expose de grands squelettes montés à la lumière des connaissances actuelles. Comme autant de témoins de nos origines, de nos cauchemars et de nos légendes. Des os qui parlent, et qui se suffisent.

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