L'inauguration de la statue d'Ousmane Sow clôt l'année de maire de Genève de Patrice Mugny. Elle a lieu en parallèle avec un double événement socioculturel sur la place et la mobilité des handicapés, l'exposition Genève* accessible de l'artiste catalan Antoni Abad et la semaine Créateurs singuliers au Centre d'art contemporain.

Cette année de mairie a en effet été placée sous le signe du «vivre ensemble», et ponctuée notamment par des rencontres avec les communautés religieuses et avec des groupes de sans-papiers. Selon l'Office des migrations le canton de Genève en compterait quelque 10000 sur environ 90000 pour la Suisse. Il était normal, pour le chef du Département de la culture, d'inclure les artistes dans sa démarche. «Je cherchais un moyen de rendre visibles ces invisibles, de rendre leur silence parlant», explique-t-il. En visitant l'exposition d'Ousmane Sow l'an dernier à Arles, je me suis dit, c'est ça qu'il faut.»

Très vite, le maire de Genève prend contact avec le sculpteur qui accepte la commande, à condition d'étendre la notion de sans-papiers à celle d'immigré. L'entente des deux hommes se construit sur la notion de dignité. «Je suis fatigué des gens qui se penchent sur la misère du monde. C'est aussi aux immigrés de s'intégrer. Notre rôle c'est surtout de ne pas mettre de barrière à cette intégration.»

Suivant l'exemple de la chaise estropiée de Daniel Berset sur la place des Nations rappelant l'horreur des mines antipersonnel, Patrice Mugny installe ainsi au long cours une image positive de l'étranger dans la cité. Et comme il s'agit d'un choix personnel, pour honorer les quelque 400000 francs nécessaires, il a puisé dans sa cassette de magistrat et dans le Fonds restant des bénéfices de l'ancien Casino, mais pas auprès du Fonds municipal d'art contemporain, déjà serré pour tenir sa propre politique d'achat.