Critique: Emmanuel Krivine à Montreux

Berlioz aux climats français

A 68 ans, Emmanuel Krivine est l’un des chefs les plus en vue en France. Sa gestique est assez particulière, plutôt nerveuse et volontaire. Dimanche en fin d’après-midi à l’Auditorium Stravinski de Montreux (dans le cadre du Septembre musical), il dirigeait l’Orchestre national de France, très attendu dans la Symphonie fantastique de Berlioz en seconde partie.

Le Prélude de Hänsel et Gretel de Humperdinck faisait office de hors-d’œuvre. Les cuivres entonnent le choral introductif suivi d’une écriture plus dense et animée qui oscille entre influences wagnériennes et thèmes à l’ascendance populaire.

Le pianiste Bertrand Chamayou, 34 ans, jouait ensuite le 2e Concerto en sol mineur de Saint-Saëns. Le Toulousain en domine toutes les embûches techniques. Mais est-ce à cause du réglage du Steinway ou en raison de son jeu pianistique? D’emblée, le son paraît assez métallique et dur dans les attaques «forte». Il faut attendre les passages lyriques pour savourer une sonorité plus agréable, plus chantante aussi. L’«Allegro scherzando» lui va mieux: ciselé du toucher, clarté cristalline. Le finale est tumultueux à souhait, bien qu’à nouveau, le toucher se durcit par moments. Le pianiste parvient pourtant à faire chanter son instrument dans le beau lied Auf Flügeln des Gesanges de Mendelssohn arrangé par Liszt.

Emmanuel Krivine pare la Symphonie fantastique de couleurs très françaises. Il creuse les détails, caractérise chaque séquence, au risque de perdre parfois la grande ligne. Les traits aux cordes ne sont pas toujours très propres, notamment les pizzicati. Mais l’on savoure les bois dans la «Scène aux champs» (beau dialogue entre le cor anglais sur scène et le hautbois en coulisses) et un pupitre de violoncelles éloquent. La «Marche au supplice» impose sa scansion implacable, tandis que le «Songe d’une nuit de sabbat» – un peu empesé – abonde en sonorités grinçantes et évocatrices. Une très bonne interprétation sans être électrisante pour autant. La «Barcarolle» des Contes d’Hoffmann, jouée en bis, a clôturé le concert sur une note suave et éthérée.