La toile de Rubens, une Mort de Samson, que les carabiniers de la Défense du patrimoine artistique devaient aller quérir lundi au Getty Museum de Malibu sera peut-être exposée au musée des Offices de Florence. Mais là n'est pas la vraie raison de sa venue en Italie. Cette toile que Rubens aurait peinte en 1605, lors de son séjour en Italie, est citée à comparaître en justice. Ainsi en a décidé le procureur général de Los Angeles, après d'interminables négociations, à la requête du parquet du chef-lieu toscan.

Le Samson de Malibu ne restera en Italie que le temps d'être examiné par les experts commis par le Tribunal de Florence. Le Musée Getty n'a consenti à cette comparution qu'à deux conditions. Premièrement, que le tableau lui soit restitué une fois le procès terminé, quelle qu'en soit l'issue; deuxièmement, que l'Etat italien prenne l'assurance à sa charge. Provenant de la plus importante collection privée de Florence, celle des princes Corsini, cette toile aurait été exportée illégalement en 1991. Le procès en cours implique un restaurateur de renom et deux antiquaires, ainsi que des membres de la famille Corsini.

130 œuvres disparues

Mais l'affaire du Samson est peu de chose en regard de l'enquête fort complexe que les carabiniers mènent dans le monde du marché clandestin de l'art et ses labyrinthes. Luciano Trovato, substitut du procureur de la République de Florence, qui a enquêté sur la disparition du Samson, tente en effet de retrouver la trace de 130 autres œuvres de la Galerie Corsini. Des peintures, des sculptures, toutes portées disparues.

La Galerie Corsini est née en 1765. Lorenzo Corsini, neveu de Clément XII, aménage alors des salles du palais Corsini, au 10 du Lungarno homonyme, pour y réunir les œuvres d'art de la famille. Ecoles italiennes et étrangères du Seicento, ainsi que des peintures de l'école florentine des XVe et XVIe siècles. En 1880, le prince Tommaso di Andrea Corsini l'ouvre au public et fait imprimer un catalogue dressé par un certain Ulderigo Medici. La galerie compte alors 486 œuvres.

Le substitut Trovato a entrepris, avec le concours d'historiens de l'art italiens et étrangers, de reconstituer l'histoire de cette collection frappée d'hémorragie. Les cinq membres de la famille Corsini, accusés d'avoir causé un grave préjudice au patrimoine historique et artistique national, reconnaissent avoir vendu, en toute légitimité, une trentaine d'œuvres en Italie. Mais douze d'entre elles ont été retrouvées à l'étranger. Comment ont-elles quitté l'Italie? Clandestinement? En tout cas, elles n'ont été présentées à aucune surintendance de l'Office des exportations. Et les 130 qui manquent encore à l'appel? Ces œuvres sont-elles, selon l'accusation, protégées contre l'exportation, ou, selon la défense, libres de tout lien? Avant de répondre à ces questions, il faudra d'abord retrouver les œuvres disparues. Et déterminer si le Samson de Malibu est un vrai Rubens.