Une troupe d'amateurs vient bousculer l'univers très protégé de l'opéra

Musique. Pour célébrer son centenaire, l'Orchestre symphonique et universitaire de Lausanne a choisi de monter un opéra oublié de Georges Bizet: «Les Pêcheurs de perles»l Une aventure commencée il y a dix-huit mois, lorsque le metteur en scène Olivier Robert à décidé de recourir à des chanteurs et choristes non professionnels pour monter son spectacle

Poursuivant les célébrations de son centenaire, l'Orchestre symphonique et universitaire de Lausanne (OSUL) s'attaque à l'opéra avec Les Pêcheurs de Perles de Bizet. Œuvre jadis adulée, mais qui a aujourd'hui pratiquement disparu des scènes, elle représente pour le metteur en scène Olivier Robert «le challenge idéal pour une formation comme l'OSUL, qui a pour vocation de redécouvrir des partitions oubliées». Récit d'une aventure où l'amateurisme trouve sa raison d'être.

Tout a commencé il y a dix-huit mois. Le centenaire approchait, et il fallait frapper un grand coup, digne d'une formation symphonique au passé plutôt prestigieux: l'ancien Orchestre symphonique lausannois n'avait-il pas servi de rampe de lancement à un certain Charles Dutoit au début des années 60? L'opéra était une solution toute trouvée. Mais encore fallait-il dégoter l'ouvrage adéquat. «Les Pêcheurs de Perles était un choix tout indiqué, raconte Olivier Robert. Quatre solistes seulement, permettant d'aller puiser dans les forces vives du Conservatoire de Lausanne. Forte participation du chœur, facilitant le travail visuel. Et surtout le fait que l'ouvrage a été très mal servi chez nous: la dernière représentation, plutôt désastreuse de surcroît, remonte à plus de vingt ans! Le public a les oreilles totalement fraîches à son sujet.»

Evidemment, ces quelques avantages ne rendent pas pour autant la tâche aisée. Les contraintes sont multiples. Le Chœur Horizon d'Yverdon est plein de bonne volonté, mais ne possède quasiment aucune expérience scénique. «Les contraintes de l'opéra ont opéré une grande rupture dans la manière de travailler de ces chanteurs, explique le metteur en scène. D'âges très divers, ils ne possèdent pas tous les dispositions idéales pour ce genre d'exercice assez physique.» Le Chœur d'enfants d'Epalinges possède, lui, davantage d'expérience en matière scénique, mais ses membres sont limités dans leur participation, en raison de leur jeune âge. «On ne pouvait mobiliser des enfants 12 soirs consécutifs, avoue Olivier Robert. Il a donc fallu jongler avec les 38 enfants à disposition, pour en avoir 11 sur scène à chaque représentation.» On imagine le casse-tête d'organisation! Il fallait aussi résoudre le problème des deux chœurs dansés. Trop rapides, il était impensable de faire participer tout le chœur – ne serait-ce que pour une raison de souffle! «J'ai fait appel à quatre danseurs professionnels, continue Olivier Robert. Il est impensable d'envisager cet opéra sans danse.» Soit. Mais par contre on comprend moins pourquoi le metteur en scène a commandé au chorégraphe Olivier Chanut des accompagnements dansés pour les arias, qui chargent inutilement le bateau. Peut-être la hantise du statisme – les dimensions de la Grange ne permettant aucun changement de décor majeur?

Inutile d'allonger la liste: monter un opéra avec des amateurs n'est pas chose aisée, et surtout que les données du problème changent considérablement par rapport à un travail professionnel. Mais Olivier Robert s'empresse de souligner que cette production a des qualités propres que ne possèdent pas la plupart des productions professionnelles: «L'enthousiasme jamais relâché, l'absence totale de tension entre les chanteurs sont absolument uniques, et très certainement le privilège de l'amateurisme.» Il est vrai que si les entrées ne sont pas toujours précises, si l'intonation n'est pas d'une pureté angélique, on sent qu'il se passe quelque chose sur scène, que l'on y vit corps et voix une véritable quête dramatique – et la remarque tient aussi pour l'orchestre qui, sous la baguette experte d'Hervé Klopfenstein, offre un visage méconnaissable, d'une fraîcheur inattendue.

Les Pêcheurs de Perles, opéra en trois actes de Georges Bizet, avec l'OSUL, le Chœur Horizon et le Chœur d'enfants d'Epalinges, à la Grange de Dorigny, les 18, 20, 23, 24, 26 et 27 juin à 20h, les 21 et 28 à 17h. Tél. 021/318 71 71.

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