Genre: DVD
Qui ? Jason Reitman (2011)
Titre: Young Adult
Chez qui ? Paramount

«Feeling Minnesota» est une expression américaine signifiant «avoir le moral dans les talons». Mavis Gary (Charlize Theron) vient du Minnesota. De Mercury plus précisément. Elle s’en est sortie. Elle est devenue écrivain à succès, c’est-à-dire qu’elle novellise une série à succès pour adolescents, qui n’a d’ailleurs plus trop de succès. Elle vit seule, se tape des mecs de passage, prend des muflées homériques.

Cette vie de rêve déraille le matin où elle trouve une photo de bébé dans sa messagerie. Son ex-boy friend lui envoie ce faire-part de naissance qui rouvre d’anciennes blessures. Mavis se met en tête de reconquérir le beau Buddy Slade (Patrick Wilson). Qu’il soit marié et jeune père ne sont que des obstacles mineurs. Départ pour Mercury!

Le premier soir, dans un bar, elle tombe sur un petit gros, Matt Streethauf (Patton Oswalt). Il était à l’école avec elle, elle ne lui a jamais adressé un regard. La mémoire lui revient lorsqu’elle voit la béquille de Matt: croyant qu’il était gay, des «jocks» l’ont tabassé à coups de pied-de-biche. Fracture du crâne, jambes brisées, pénis éclaté. La presse a dénoncé ce «hate crime»; lorsqu’il est apparu que Matt n’était même pas gay, tout le monde s’est désintéressé de cette «bousculade» malencontreuse…

Matt est un bon gars, gros geek qui a pour hobbies la customisation de statuettes de super-héros et la fabrication du whisky de huit ans d’âge. Entre Mavis et Matt, ça clique. Lui bon gars, elle pure garce, ils sont les deux pareillement paumés, blessés, en colère. Il est son Jiminy Cricket; elle, un objet de désir tellement inaccessible qu’il n’a rien à perdre.

Il désapprouve les projets de Mavis. Evidemment, elle ne l’écoute pas. Elle boit un verre avec Buddy, va dîner chez lui où elle a du mal à cacher l’horreur que lui inspirent son intérieur «bobo récup», sa femme Beth qui s’occupe d’enfants autistes, et le bébé. Comble de l’horreur: Beth tient la batterie dans Nipple Confusion, un groupe de rock composé de jeunes mamans. Elles massacrent joyeusement la chanson de Mavis et Buddy, celle sur laquelle elle lui a octroyé sa première gâterie…

Scénarisé par Diablo Cody, Young Adult est réalisé par Jason Reitman. Un rigolo, comme son papa Ivan, qui a signé quelques-unes des comédies les plus populaires du dernier quart de siècle (S.O.S. Fantômes, Un Flic à la maternelle…). Le gamin marche sur les traces de son géniteur. Avec des comédies aigres-douces autour de sujets sérieux comme les manipulations de l’opinion par l’industrie du tabac (Thank you for smoking) ou la crise économique (In the Air). C’est évidemment avec Juno, portrait grinçant d’une adolescente enceinte et toujours rebelle, déjà écrit par Diablo Cody, qu’il a frappé les esprits.

Young Adult cultive une même tendresse du genre humain, si petit, si médiocre. Une image exprime le choc de l’adolescence qui perdure et du temps des responsabilités. Tandis que Mavis rêve de folles nuits rock’n’roll, Buddy, à l’autre bout du téléphone, transvase le lait de sa femme dans des récipients stérilisés. Ce choc du fantasme et de la réalité renvoie tout un chacun au jour où il a rangé son Perfecto et rempli sa première déclaration d’impôts.

Jason Reitman et Diablo Cody ne portent pas de jugements sur leurs personnages. Mavis est une garce; c’est aussi une femme blessée, une épave pathétique qui s’accroche aux fantômes du passé. Elle est odieuse. Mais Beth, épouse et mère parfaite, n’est-elle pas ridicule dans son confort, ses certitudes, son groupe de rock et sa bonne conscience?

Sandra, la sœur de Matt, amoureuse de Mavis depuis toujours, lui remonte le moral. Elle, la pauvre provinciale, petite ouvrière en blouse imprimée, tremble d’émotion devant son étoile. Mais lorsqu’elle ose dire «Emmène-moi», elle se fait rembarrer. «Tu es bien ici, Sandra», assure Mavis, – euphémisme pour «Reste dans ta fange».

Charlize Theron est une des plus belles femmes du monde; elle est aussi une formidable actrice, toujours prête à casser son image glamour, en cuvant son bourbon à plat ventre, en tétant un magnum de coca salvateur.

Young Adult, qui a coûté 12 millions de dollars, n’a enregistré que 4 millions de bénéfices domestiques. Ces mauvais résultats ont sérieusement péjoré sa distribution internationale. Dommage. Pour une fois que Hollywood proposait une comédie subtile et adulte…

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Charlize Theron

Comédienne

«Les gens aiment écrire que je bois et que je jure. Mais je ne suis pas alcoolique et je ne jure pas tant que ça. Non?»