Une virtuosité de haute voltige

Le pianiste Alexander Gavrylyuk a dominé les obstacles techniques lors d’un récital donné jeudi soir, au Victoria Hall de Genève

Alexander Gavrylyuk, 31 ans, a la trempe d’un virtuose. S’il fallait établir un record du nombre de notes cumulées en un concert, le pianiste australien d’origine ukrainienne gagnerait haut la main. Il ne s’est pas rendu la tâche facile jeudi soir au Victoria Hall de Genève, en alignant des œuvres de Brahms et de Liszt, hautement chargées.

Il y a un côté tête brûlée chez le pianiste – qui assume cette prise de risques. Il y a aussi un effet de surenchère, pas tant en raison de son jeu, mais à cause de la composition du programme qui aligne beaucoup de pièces sonores et virtuoses ponctuées de brèves accalmies.

Le Rondo en ré majeur K. 485 de Mozart est servi en hors-d’œuvre (histoire de se mettre en doigts). Alexander Gavrylyuk y déploie des sonorités délicates et finement ourlées, mais ce Mozart-là paraît un peu précieux. Il enchaîne avec les deux Livres de Variations sur un thème de Paganini de Brahms.

Tempi vertigineux

Le choix des tempi est vertigineux. Rien n’arrête le pianiste ukrainien, qui domine tous les obstacles techniques. Cette approche très athlétique n’exclut pas des plages de lyrisme. Alexander Gavrylyuk développe un chant éperdu dans la 4e Variation du 1er Livre. Il se montre espiègle et ludique dans certaines variations, jouant sur les timbres et les sonorités. Mais l’on regrette que les forte soient souvent durs et martelés, avec un côté tranchant qui n’est pas toujours très agréable à l’oreille. Une lecture spectaculaire et grisante.

Le virtuose décuple encore les difficultés dans la seconde partie – une véritable course d’obstacles! Il se lance dans la Mephisto-Valse No 1 de Liszt (jouée vite) et d’autres chevaux de bataille, comme la Danse macabre de Saint-Saëns doublement arrangée par Liszt et Horowitz! Une transcription surchargée, destinée à Horowitz lui-même (et donc à sa morphologie) dont on aurait pu se passer. La Mort d’Isolde de Wagner transcrite par Liszt (à l’attaque un peu brutale) et la lumineuse Consolation No 3 de Liszt apportent des accalmies bienvenues.

Là où le pianiste se montre le plus éloquent, en fin de compte, c’est quand il laisse chanter son instrument. Alexander Gavrylyuk développe une très belle ligne cantabile dans l’épisode central de la Tarentelle de Liszt. Il offre l’ Etude Opus 25 No 7 pour la main gauche et le Nocturne Opus 27 No 2 de Chopin en bis. La ferveur dans l’ Etude et les sonorités veloutées dans le Nocturne , d’une grande douceur, permettent de savourer un artiste comme mis à nu, délesté de tout l’attirail virtuose.