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Blu-ray

Universal répare une injustice visuelle faite à Alfred Hitchcock

Jusqu’ici, le maître du suspense n’avait pas été gâté par les éditions en DVD, qui abîmaient parfois gravement certains films. Le studio qui possède les droits de ses principales œuvres fait son mea culpa grâce au Blu-ray, au moment où sort un film sur le cinéaste

Genre: Blu-ray
Qui ? Alfred Hitchcock (films de 1942 à 1976)
Titre: Coffret de 14 films
The Masterpiece Collection
Chez qui ? Universal

R egain d’affection pour Alfred Hitchcock. En mars prochain, la chaîne américaine A&E fera événement avec la diffusion de Bates Motel , une série sur les origines des drames de Psychose . Ces temps, le maître terrifiant et bedonnant fait l’objet d’un curieux film biographique, Hitchcock , premier long métrage de fiction de l’Anglais Sacha Gervasi, sorti récemment aux Etats-Unis et annoncé pour février, à ce stade uniquement en Suisse alémanique. Anthony Hopkins y étonne dans sa composition de «Hitch» avec parole en cul-de-poule, encadré par sa femme Alma Reville (Helen Mirren) et fasciné par Janet Leigh (Scarlett Johansson).

Il y est question de la création de Psychose, et les auteurs disent s’être inspirés de l’ouvrage de Stephen Rebello (Alfred Hitchcock and the Making of Psycho), passionnante narration qui, pourtant, semble peu exploitée: au final, cette évocation tient davantage de la bio people. Tout au plus y indique-t-on certaines des tensions que le cinéaste avait connues avec Paramount, laquelle se méfiait de cette histoire violente, qui plus est entamée par une scène avec une Janet Leigh portant soutien-gorge.

Les soucis de production et de censure sont souvent évoqués au fil des bonus du coffret publié par Universal. De manière même matérielle: dans une pochette, outre des cartes postales d’affiches de tous les films fournis ainsi qu’un livret, figurent trois lettres de la commission de censure interne à l’industrie du cinéma, disant avec précision ses soucis pour certains films… Une lecture sans conteste amusante, quand on connaît la postérité des Oiseaux ou de Sueurs froides, par exemple.

Cette mise en coffret comprend donc 14 films parmi les plus marquants de la période américaine du cinéaste, même si les absents sont nombreux. Les amateurs trouvent La Cinquième Colonne, L’Ombre d’un doute, La Corde, Fenêtre sur cour, Mais qui a tué Harry?, L’Homme qui en savait trop (la version de 1956), Sueurs froides, Psychose, Les Oiseaux, Pas de printemps pour Marnie, Le Rideau déchiré, L’Etau, Frenzy et Complot de famille, l’ultime long métrage. Le pendant américain de cette édition propose aussi La Mort aux trousses, passé à la trappe dans la version francophone – mais il a été récemment réédité en Blu-ray.

Avant tout, cette collection sous lourd sarcophage de plastique transparent répare une grave injustice commise par l’éditeur. Les deux précédentes «collections ­Hitchcock», en boîtes blanche et noire, comprenaient des versions tronquées des films, recadrés en format 4/3 même si la plupart, dès Fenêtre sur cour, avaient été tournés en configuration horizontale. Une hérésie, pratiquée parfois sans vergogne par certains éditeurs américains avant la déferlante des écrans 16/9, au motif que le public n’aimait pas les bandes noires. Dans le cas d’un créateur aussi soigneux de l’envergure visuelle de ses travaux, ce choix avait de quoi ulcérer. Comme un clin d’œil à cette funeste présentation quelques décennies plus tard, le disque de Fenêtre sur cour offre un extrait des discussions entre le maître et François Truffaut, durant lequel le premier disait l’importance cardinale du «langage cinématique» («le dialogue est quelque chose qui sort de la bouche de personnes qui racontent une histoire visuelle») et insistait sur le bon usage du plan d’ensemble, surtout en décors clos.

Voir ou revoir ces magnifiques jalons, goûter une fois encore aux jeux, aux paris et aux prouesses esthétiques et narratives de l’auteur de La Corde, n’a jamais été aussi plaisant pour des visionnements à domicile. L’affront est lavé, mais il en s’en est fallu de peu pour que la malédiction Hitchcock chez Universal ne sévisse à nouveau: constatant soudain un problème avec Frenzy, l’éditeur a décalé la sortie du coffret d’un mois. Preuve qu’au moins il prenait sa tâche à cœur, cette fois. Les transferts proposés sont d’ailleurs plutôt remarquables, notamment grâce à la chaleur des couleurs (fort bien rendue dans Fenêtre sur cour). Une exception notable, Pas de printemps pour Marnie, qui souffre de quelques défauts visibles. Et Psychose, le seul à avoir été publié auparavant en haute définition, trouve là sa gravure définitive sur support physique. Au reste, chaque disque reprend les compléments fournis auparavant dans les éditions DVD, en particulier un commentaire de Stephen Rebello et les intéressants documentaires de Laurent Bouzereau.

Le festival Hitchcock en haute définition ne s’arrête pas là. De son côté, Warner publie Le crime était presque parfait, en tentant de surcroît de lui rendre sa 3D, artifice qui fut utilisé à l’origine pour le film – le cinéaste en avait aussi rêvé pour Les Oiseaux. Ce malicieux «Hitch», toujours présent.

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Le réalisateurde «Fenêtre sur cour»

durant l’un de ses entretiensavec François Truffaut

«Le plan d’ensemble peut se révéler très utile à un moment dramatique.Pourquoi le gaspiller?»
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